Le Coffre Scellé

L'ordre qui clôt l'affaire tient en peu de mots, et en style de bureau : l'ouvrage sera mis de côté et ne circulera plus.
1444–1460Mis de côté, sans autre circulation
Aucun argument ne l'accompagne. Dans le mois, les vingt-huit formes et les brouillons de travail passent sous scellés dans un coffre de la réserve intérieure ; le prince héritier et les quelques jeunes lettrés qui avaient mené le projet hors des bureaux réguliers sont affectés aux travaux sur les rimes et à l'office des annales. Rien n'est promulgué, donc rien n'est imprimé ; rien n'étant imprimé, il n'existe ni commentaire, ni table d'articulation, ni exemple travaillé d'un son mis par écrit. Reste une ligne dans un registre, et une caisse.
L'objection qui emporte tout est la première des six. Un royaume qui sert la cour des Ming ne saurait inventer des lettres sans que l'invention y soit rapportée, et le mémoire nomme lui-même la compagnie où elle le rangerait : Mongols, Jurchen, Japonais, Tibétains. Le roi répond le jour même, le 20 février 1444, et durement ; à l'un des signataires il est dit qu'un tel propos n'est pas digne d'un homme de vertu. Choe Manri, sous-directeur du Pavillon des Dignes, est destitué le soir et rétabli le lendemain. Il garde sa charge. Mis en congé de maladie à l'été 1445, il meurt à Anseong au dixième mois de la même année, en fonction, ayant gagné le seul débat de sa vie.
Le chantier des rimes se poursuit sans lui et sans notation. La table des lectures sino-coréennes corrigées paraît en 1447 ; elle ne peut noter un son qu'en accouplant deux caractères chinois, l'un pour l'attaque, l'autre pour le reste, soit précisément le procédé que la réforme devait supprimer. Adressée à l'office des interprètes et aux écoles d'examen, louée dans sa préface, elle n'est consultée par presque personne. La prononciation d'usage n'est jamais dérangée.
Sejong meurt en 1450, son fils aîné deux ans plus tard. Les compilateurs qui siègent du deuxième mois de 1452 au troisième mois de 1454 recopient dans les annales la notice disant qu'au douzième mois de 1443 le feu roi a fait des lettres nouvelles et, quelques feuillets plus loin, le texte entier du mémoire qui les combat, réponse royale comprise. L'abandon est donc mieux documenté que l'invention. Les lecteurs des siècles suivants héritent d'un mois sans jour, d'une querelle qu'ils ne peuvent trancher, et d'aucun objet à quoi la confronter.
L'usurpation de 1455 et la restauration manquée de l'année suivante tuent trois des hommes qui avaient fait le travail technique et en laissent deux en charge. Faute de volume de commentaire, il n'existe pas de groupe de huit signataires portant un nom collectif ; il y a un phonologue survivant, Sin Sukchu, qui possède la science chinoise des rimes et se souvient des feuillets scellés. Le Pavillon des Dignes est supprimé en 1456 comme nid du complot, ses attributions passant à des bureaux relevant directement du trône.
Par deux fois, au onzième mois de 1459 puis au printemps de 1460, Sin Sukchu et les compilateurs qui préparent le grand office des écritures demandent que le coffre soit ouvert sur mandat. Non pour l'usage commun : comme notation technique, pour fixer les lectures des sutras et les sons que la table de 1447 n'a pas su rendre. C'est la bifurcation que cette histoire appelle le plus, et elle est refusée pour un motif énoncé depuis le trône. Un roi monté sur le trône par-dessus les ministres de son neveu dépend de l'investiture Ming, et la bonne opinion impériale est le seul capital qu'il ne puisse dépenser. La première objection, vieille de seize ans, est citée en retour comme argument de la couronne. Le coffre est rescellé et sa garde transférée à la réserve du palais.
1461–1555Le formulaire et les trois mal
Le bureau des écritures, fondé dans la capitale en 1461, imprime des sutras dans des éditions qu'aucune maison privée ne peut égaler, et avec elles une norme royale de glose : des graphies chinoises abrégées placées à côté du texte pour marquer les particules et les désinences verbales coréennes. Les deux anciens survivants du vieux Pavillon la patronnent en préface et la présentent comme la solution orthodoxe, face à ce que le feu roi avait écarté. La série court jusqu'en 1471. C'est la première notation coréenne qu'un trône ait jamais approuvée, et elle l'est pour cette raison exacte que tous ses signes sont chinois.

La codification close en 1485 règle le reste. Aucun livre imprimé ne peut porter d'autre notation que la glose autorisée. Actes de terre, reconnaissances de prêt, testaments, requêtes de roturiers : tout doit être rédigé sur le formulaire du district par un clerc du district, et le tarif inscrit aux barèmes est de trois mal de riz par acte, le même pour une rizière de trente negi que pour une bande de terre derrière une maison. Sur une grande parcelle, ce n'est rien. Sur une petite, c'est un impôt sur la transaction elle-même, et les petites tenures se mettent à circuler par témoin et par mémoire, partagées à l'intérieur des lignages, jamais écrites. Deux générations suffisent pour que les registres du bureau de district et le sol qui l'entoure décrivent deux pays différents. Le censorat se plaint dans les années 1480 d'actes fabriqués après coup ; la plainte revient, dans les mêmes termes, pendant quatre cents ans.
Qui veut accuser le bureau doit payer le bureau pour rédiger l'accusation. C'est la peur ordinaire de l'époque, et ce ne sont pas les tigres.
En 1504, des placards injurieux pour le roi paraissent aux portes de la capitale, écrits non pas en chinois littéraire ordinaire mais en abréviations de clercs. On examine les registres de notation des bureaux de la capitale, on compare les mains aux formulaires des districts, plusieurs maisons de clercs sont punies sur soupçon, rien n'est prouvé. L'effet durable porte sur l'écriture : jamais enseignée ouvertement, jamais normalisée par l'imprimé, jamais signée, jamais soumise à approbation. Elle n'a ni auteur ni promulgation, de sorte qu'un mémoire n'a rien contre quoi s'écrire.
Le palais intérieur brûle au neuvième mois de 1553, et les réserves avec lui, le coffre scellé compris. La perte n'est pas enregistrée comme une perte. Des copies faites pendant les deux mois où les formes furent connues hors du cercle royal subsistent en deux endroits : une douzaine de tracés sans valeurs sonores dans un recueil conservé chez les Choe de Haeju, huit formes accompagnées d'une note marginale dans un carnet d'interprète. Aucun commentaire n'ayant jamais été composé, ces signes sont indéchiffrables en principe, non en pratique. Ce sont des lettres sans valeur attestée, et rien d'écrit nulle part au monde ne les fournit.
À la famine de 1554 répond un excellent recueil de secours, imprimé en chinois littéraire à l'usage des magistrats : quelles racines sauvages sont sûres, comment cuire la bouillie d'écorce de pin, comment les prêts de grain sont consentis et à quelles conditions remboursés. Ce qui parvient au village, c'est un placard tracé par un clerc, et un crieur. Les placards portent la liste des rations et omettent l'échéancier de remboursement, l'échéancier étant l'affaire du bureau. Les arriérés s'accumulent sur des foyers à qui l'on n'a jamais dit les conditions, et les rapports des magistrats, les années suivantes, disent que les gens du commun ignorent la loi du prêt et s'en prennent au bureau.
1592–1812Le siècle du coffre à formulaires
En 1592, les armées japonaises débarquent au sud-est. Tous les exemplaires des annales du règne de Sejong sont détruits, sauf le jeu de Jeonju, que l'on recopie quatre fois entre 1603 et 1606 ; la notice de 1443 et le mémoire qui la combat survivent par ce seul hasard d'entreposage. Pendant la guerre, les proclamations royales aux roturiers ne peuvent être que criées ou affichées par les bureaux de district, et par aucun autre moyen ; listes de réquisition, registres de réfugiés, rôles de milice passent tous par les lignages de clercs, qui apprennent en six ans qu'ils sont indispensables.

À partir de 1600 environ, la glose royale et le formulaire fixe durcissent en un seul inventaire de travail, quelque soixante-dix graphies abrégées pour les particules, les désinences et une partie des finales de syllabe. Personne ne le légifère. Il se transmet par les maisons de clercs héréditaires, les imprimeries de temple, les livres de comptes des boutiquiers et les lettres dictées des femmes de bonne famille, et il reçoit le nom qu'il porte encore : la main de district. Ses limites sont franches. La syllabe coréenne résiste à un jeu propre bâti sur des abréviations de caractères, si bien que les caractères chinois doivent toujours porter les radicaux ; elle diffère du Chungcheong au Gyeongsang ; aucune copie d'examen, aucun mémoire, aucun statut ne peut l'employer. Pourquoi l'inventaire s'est arrêté vers soixante-dix signes plutôt qu'à quarante ou à deux cents, la documentation de ce monde ne le dit pas.
Pékin tombe en 1644 devant un peuple que le mémoire de 1444 citait en preuve que les lettres sont la marque du barbare, et qui s'était donné les siennes en 1599. Le Joseon tire de ses propres archives la prétention d'être le dernier sol ferme de la civilisation, et y verse le refus comme pièce : jamais cette dynastie n'a pris, en matière d'écriture, la route des Jurchen et des Japonais. Le revanchisme n'en brûle que mieux. L'expédition du Nord se mobilise tout au long de 1657, passe la frontière aux saisons de 1658 et de 1659, et se brise sur les transports, le fourrage et les rivières avant d'avoir rencontré une armée Qing en campagne. Les conditions sont punitives et elles sont payées : otages pris dans la maison royale et dans les ministères, indemnité en grain et en argent sur douze ans, commissaire résident dans la capitale pour une génération. L'indemnité est assise sur des registres de foyers et de terres que seuls les clercs savent lire ou corriger. Ces années de répartition les font. Courtage, ferme de l'impôt, possession effective du cadastre leur passent entre les mains un siècle entier avant que le même glissement ne se produise ailleurs.
Les textes de secours et d'épidémie restent des livres de magistrats. Les famines de 1670 et 1671, celles de 1695 à 1699, la variole du siècle suivant coûtent chaque fois plus qu'elles n'auraient coûté dans une péninsule dotée d'un imprimé vernaculaire bon marché ; l'inoculation, puis la vaccination, se diffusent de praticien à praticien, par démonstration. La péninsule aborde l'année 1900 avec environ quatorze millions d'habitants au lieu de dix-sept, et tout se met à cette échelle : calendriers de marché plus maigres, tonnages de grain fiscal plus faibles, rôles de levée plus courts, migration vers la Mandchourie plus tardive et plus mince.
Trois tentatives sont faites sur le problème, et trois échouent pour des motifs consignés. Dans les années 1750, une requête de notables d'un district du Gyeongsang tue un projet de régularisation de la notation des clercs, au motif que des actes non certifiés multiplieraient les procès ; du tarif de rédaction et des maisons qui en vivent, il n'est pas dit un mot. Dans les années 1790, un projet de table phonétique à la bibliothèque royale est refusé parce que le ministère des Châtiments n'entend pas certifier des documents dont aucun clerc ne peut répondre. En 1801, une reconstruction privée des vingt-huit lettres du douzième mois est saisie dans une maison catholique de la capitale et brûlée avec le reste des livres du foyer, comme écriture étrangère.
Le soulèvement du Nord-Ouest de 1811 garde ses causes : l'exclusion régionale des charges, le commerce du grain du Pyongan, une mauvaise récolte. Ce qui lui manque, c'est un manifeste, faute d'un moyen bon marché de l'imprimer. Il fait donc circuler des hommes, et dans chaque district son premier geste est de saisir le coffre à formulaires du clerc et les sceaux, seule politique écrite disponible. Le siège et la pacification suivent leur cours ; les mêmes maisons sont rétablies aux mêmes bureaux, la cour n'ayant pas d'autre moyen d'atteindre un village.
1836–1945Un tarif, un cadastre et un manuel à diacritiques
Le tarif est toujours de trois mal de riz par acte en 1836, inchangé depuis 1485, et sur un petit champ il dépasse désormais l'impôt annuel qui le frappe. Tout le reste s'ordonne autour de ce prix. La mission française, à l'œuvre depuis les années 1830, a besoin de catéchismes qu'aucun intermédiaire lettré n'ait à lire à voix haute : elle imprime le coréen en lettres latines. Des feuilles en sont produites comme pièces aux procès de 1839 et de 1866, ce qui donne à l'alphabet une origine de martyre et une odeur catholique dont il ne se défera pas. Une version protestante, fondée sur le parler du Nord-Ouest, arrive de l'autre côté de la frontière septentrionale en 1882. Ni l'une ni l'autre ne devient nationale, et la raison n'est pas la persécution : la main de district occupe déjà la place, elle est faite de pièces chinoises, et elle est respectable comme un alphabet étranger ne peut pas l'être. Les lettres de mission survivent comme orthographe d'église, d'émigration et, plus tard, d'exportation.

En 1858, dans un district du Gyeongsang, une veuve attaque les cousins de son mari pour quatre rizières. La requête est rédigée au tarif du barème par le clerc, parent desdits cousins, et elle la signe d'une empreinte de doigt. Elle perd ; l'affaire est enregistrée comme réglée à l'amiable.
Les registres sont tenus pour fiction par ceux-là mêmes qui les tiennent. Les révoltes de 1862 sont plus larges que dans notre monde et plus difficiles à contenir ; le traité de 1876 coûte moins cher à Tokyo, arraché à une cour plus pauvre ; le soulèvement de 1894, dont l'écriture sainte voyage dans les bouches et non dans les brochures, se rassemble lentement et se disperse mal, et de district en district il nomme le clerc avant de nommer le magistrat. Le Japon débarque tout de même, pour ses raisons propres, dans un pays en révolte : la guerre de 1894-1895 est donc aussi une contre-insurrection, et les décrets de réforme sont pris par une armée sur des provinces qu'elle ne tient pas. Le journal du club des réformateurs, en 1896, paraît en chinois littéraire avec la main de district pour les désinences, se vend à quelques milliers d'exemplaires à des hommes déjà en charge, et n'atteint personne d'autre. Le cadastre de 1898 à 1904 échoue comme ont échoué tous les cadastres depuis 1485, vérifiant du papier écrit par les clercs contre un sol que nul n'a documenté. Le protectorat de 1905 et l'annexion de 1910 arrivent à l'heure, décidés dans des capitales où l'orthographe coréenne n'entre pas en ligne de compte, sur quatorze millions d'habitants.
À partir de 1912, le Gouvernement général fait ce qu'aucun trône coréen n'aurait fait. Trouvant la main de district dans tous les bureaux de district, et moins coûteuse à enseigner que les caractères, il en normalise la liste des signes, fournit les finales manquantes et les oppositions d'aspiration par des diacritiques empruntés aux kana, et l'imprime dans les manuels de l'école commune comme un syllabaire coréen frère du japonais. La première orthographe fixe de la Corée est promulguée par une administration d'occupation, et c'est là la blessure durable. Près de Haeju, en 1939, une fillette de neuf ans, Chun-ok, apprend ses lettres dans ce manuel et s'entend dire qu'elles sont les siennes.
Au printemps de 1916, vers neuf heures du matin, sous un auvent dressé à l'entrée d'un village de Naju, un adjudicateur japonais muni d'une chaîne d'arpenteur et d'un registre demande à qui appartient une bande de terre haute. Le titre écrit sort d'un coffre laqué, présenté par un clerc de la maison Yun, quarante et un ans, dont la famille rédige les actes de ce district depuis avant les invasions. Les hommes qui cultivent la bande ont des témoins et pas de papier. Le cadastre de 1910 à 1918 convertit quatre siècles de papier d'une seule caste en pleine propriété, et confirme aux lignages de clercs et à la compagnie foncière coloniale beaucoup plus de terre que ne le ferait toute autre lecture des preuves. Le métayage en est plus lourd, et la gauche rurale plus dure, plus précoce.
Le mouvement de mars 1919 se propage lentement, par les églises et les ordres religieux plutôt que par les tracts, et se laisse décapiter sans grande peine ; les concessions qui suivent viennent tard et maigres. La guerre du Pacifique ne change ni d'origine ni d'issue. La Corée y fournit moins, sa base étant plus étroite, et l'administration qui ailleurs interdit l'enseignement du coréen à partir de 1938 ne peut interdire un syllabaire qu'elle a elle-même fixé : campagnes d'épargne, avis d'alerte aérienne, ordonnance sur le changement de nom, tout sort dans la main de district régularisée. En août 1945, c'est l'écriture de tous les bons de réquisition de mémoire d'homme.
1948–2026Deux alphabets, une péninsule
Dans une école normale des environs de Haeju, l'hiver de 1949, une classe d'adultes apprend son deuxième alphabet en dix ans. Le décret orthographique de cette année-là met le coréen en cyrillique, sur des presses soviétiques et avec des caractères fournis gratuitement, contre les lettres des missionnaires autant que contre les caractères des lettrés ; Chun-ok, dix-neuf ans, réapprend à lire dans un abécédaire dont elle emploiera les voyelles jusqu'à la fin de sa vie. La campagne dispute à la réforme agraire et à la conscription les mêmes clercs et le même papier ; la guerre de 1950-1953 l'interrompt et l'achève. En 1966, un comité de Pyongyang ajoute quatre lettres inventées pour des sons que les lettres russes rendent mal, à son estime, et déclare par écrit avoir achevé l'ouvrage qu'un roi commença au douzième mois de 1443 et qu'une cour abandonna au printemps de 1444.

La République du Sud conserve l'écriture mixte régularisée, les caractères portant les radicaux et la main de district la grammaire : aucun ministère ne peut inventer une orthographe nationale dans l'urgence de 1948, et la génération scolarisée la lit déjà. Ce maintien est une humiliation permanente. Un projet de réforme parvient à l'Assemblée à peu près tous les dix ans, aucun ne passe ; la campagne de 1963 à 1971 enseigne l'alphabétisation de masse dans des lettres que la propre commission du ministère qualifie d'origine coloniale, et les projets de 1972 et de 1983 meurent en commission. Tout le reste du calendrier de la République appartient à la République : le coup d'État de mai 1961 et le gouvernement du général Ko Sang-jin jusqu'en 1979, les capitaux de la normalisation de 1965, l'envoi de troupes au Vietnam, l'industrie lourde, l'accord d'octobre 1988 négocié sous les yeux des Jeux. Cette année-là, la signalétique de Séoul est en trois écritures.
La propagande de guerre s'était fendue selon le décret. Les tracts du Sud, en écriture mixte, tombaient sur des soldats scolarisés en cyrillique ; ceux du Nord étaient illisibles sous le parallèle ; et aux tables de filtrage, la main d'un homme disait où il avait été à l'école plus vite que ses papiers. La police du Sud en a tenu fiche jusque dans les années 1970.
Lors de la refonte des billets, dans les années 1970, le comité discute un an. Le général qui prit les fleuves du Nord et bâtit les six garnisons a pour lui le meilleur dossier militaire ; l'amiral des années 1590 a déjà son socle sur la grande avenue de la capitale. Sejong emporte le dix mille au titre du pluviomètre, des manuels d'agriculture et de l'expédition de 1419, et le billet porte sa valeur en caractères au recto, en lettres de mission au verso.
La crise de 1997 arrive par la dette en dollars et frappe un marché intérieur de quarante millions d'habitants, non de cinquante. Accorder le jeu de caractères national à la norme internationale demande du temps : il faut attendre 2001 et l'acceptation d'un bloc de gloses de clercs, et les bureaux s'informatisent avec dix ans de retard sur le Japon. La même barrière tient assez longtemps à distance la recherche et la messagerie étrangères pour que des firmes nationales s'emparent des deux. Le tournoi de football de 2002 est coorganisé ; maillots et panneaux sont lettrés dans l'orthographe des missions, seul coréen qu'un visiteur puisse déchiffrer à voix haute.
La petite-fille de Chun-ok passe au Sud en 2011. Un mardi après-midi, dans un centre d'accueil au sud de Séoul, vingt-trois ans et parfaitement lettrée dans son pays, elle travaille un cahier de première année de radicaux en caractères, gloses imprimées au-dessus ; neuf mois sont budgétés pour le cours. La commission mixte de réconciliation des écritures promise lors du dégel de 2018 se réunit deux fois, en 2019 et en 2020, et ne publie rien. Les écoles techniques du Nord enseignent le russe sans peine, leur alphabet en étant déjà la moitié, ce qui facilite le trafic de main-d'œuvre et de munitions après 2022 et le traité de 2024.
Personne n'a jamais épuré le vocabulaire du Sud, faute d'écriture nationale au profit de laquelle l'épurer : le coréen officiel de Séoul charrie donc un fonds sino-coréen et colonial jamais nivelé, et une variation provinciale qu'aucune société d'orthographe n'avait aplanie avant 1912. Le Nord purifie depuis les années 1960. Les deux registres formels sont plus éloignés l'un de l'autre que les deux alphabets. Le dictionnaire national donne ses étymologies prémodernes pour conjecturales, ce qu'elles sont.
Les décrets d'urgence de mars 2020 sortent en style statutaire, gloses obligatoires comprises ; les protestations donnent la loi de 2021 sur les avis publics en langue claire, première loi autorisant un texte de gouvernement sans elles. Le projet plus large de réduction des gloses échoue en 2024, puis en 2025, combattu par la fédération des écrivains publics agréés, dont l'étude membre de Naju appartient aux Yun, onzième génération dans le même métier, et par les syndicats d'enseignants. Les modèles de langue entraînés sur un corpus que la loi oblige à gloser donnent de mauvais résultats ; les studios d'exportation sous-titrent en lettres de mission. Les collégiens recopient toujours le mémoire de 1444 comme modèle de remontrance loyale écoutée. Douze tracés dorment dans une vitrine éclairée du musée national du Palais, sous une notice disant que leurs sons ne peuvent être retrouvés ; et en 2026, le registre international de la mémoire documentaire inscrit les annales du règne de Sejong, cataloguées pour le mémoire du Pavillon des Dignes contre des lettres qui ne furent jamais promulguées.
Chacun de ces mondes a été pesé contre celui que vous venez de lire. Voici où chacun se rompt.
Le roi Sejo, qui a besoin de lectures exactes pour les sutras que son bureau des écritures imprime, fait ouvrir le coffre scellé dans les années 1460, et l'impression phonétique coréenne reprend avec une vingtaine d'années de retard sur le calendrier de notre monde.
Ce qui ferme les années 1460 est la force même qui avait fermé 1444 : un roi monté sur le trône par-dessus les ministres de son neveu tient sa légitimité de l'investiture Ming, et la bonne opinion de cette cour est le seul capital qu'il ne puisse dépenser pour une notation dont Pékin serait informé dans l'année. Nous avons tenu la route ouverte longtemps, parce que tout y conduit : le besoin technique existe, Sin Sukchu est en charge, la demande est présentée deux fois. Le roi que nul ministre ne peut arrêter est précisément celui qui ne peut pas s'offrir la première ligne du mémoire. Elle se défendait, et elle coûtait le monde : vers 1550, elle ramène la péninsule à celle de notre fenêtre avec deux décennies de décalage, et cette histoire devait à son lecteur autre chose qu'un retard.
La Corée n'écrit rien qui lui soit propre pendant quatre siècles, sans aucune notation coréenne entre l'incendie du palais de 1553 et l'arrivée des presses de la mission française.
Le vide ne tient pas au-delà du XVIIe siècle, et c'est le trône lui-même qui installe de quoi le combler. Les gloses de particules des sutras imprimés en masse de 1461 à 1471, puis le formulaire fixe présent dans chaque bureau de district après 1485, sont exactement les conditions d'où cristallisent les katakana au Japon et où se maintient le chu nom au Vietnam. Le mépris des lettrés explique qu'on ne donne jamais à cela le nom d'écriture ; il n'explique pas que la chose manque d'exister. Les maisons qui vivent du papier illisible peuvent étouffer une promulgation royale, elles n'étoufferont pas leur propre abrégé de travail, qu'elles ont tout intérêt à raccourcir et à fixer. La main de district demeure donc, et le vide s'en va.
Les deux Corées écrivent en 2026 dans les lettres latines des missionnaires, séparées par les seules graphies vocaliques, l'espacement et la coupure des mots.
Les conseillers soviétiques débarqués en 1945 portaient la cyrillisation et non la latinisation : c'était la politique depuis le tournant de 1936 à 1940, appliquée à la Mongolie entre 1941 et 1946. Un État du Nord qui se définit contre les missionnaires américains et contre les administrateurs japonais dispose du choix d'écritures le plus large qui soit, justement parce qu'aucune orthographe indigène n'est installée pour se défendre. Une frontière faite de conventions de graphie est le plus petit résultat que cette prémisse puisse donner. Deux alphabets ne coûtent rien de plus et sont plus lourds à vivre : nous avons pris l'autre route.
La République du Sud conserve intacte après 1945 l'orthographe à diacritiques kana du Gouvernement général et en fait son écriture nationale, comme Taïwan a gardé certaines commodités coloniales.
La branche casse entre 1945 et 1948, sur la politique fondatrice d'un État neuf. Aucun ministère souverain ne survit à la promulgation du syllabaire du colonisateur sous le nom du colonisateur, quels que soient les arguments de pédagogie. Nous en avons gardé la substance sans la fatalité : la République conserve la main de district régularisée, coréenne à l'usage et chinoise par ses pièces, même si c'est un bureau colonial qui en a arrêté la forme. Le prix de ce compromis se paie entier et en public, dans un projet de réforme porté à l'Assemblée à peu près tous les dix ans depuis les années 1950, sans qu'aucun aboutisse.
Le coréen s'écrit jusqu'à nos jours en caractères chinois et en notation de clercs seulement, sans qu'aucun élément phonétique n'entre jamais dans la langue.
La route casse entre les années 1900 et les années 1930, sur le prix qu'il en coûte d'apprendre à lire à tout un peuple. Rôles de conscription, école primaire de masse, horaires de chemin de fer, consignes d'atelier : rien de cela ne se tient, aux salaires coréens, avec une écriture qui demande dix ans. Les sociétés de mission comme le Gouvernement général avaient chacun leurs raisons de fournir une notation phonétique, que les Coréens en veuillent ou non. Nous l'avons gardée comme l'argument perdant : c'est la position défendue et chiffrée dans les querelles de budget scolaire de 1894 à 1912, et elle y perd pour des motifs d'argent plutôt que de sentiment.
Un spécimen utilisable des vingt-huit lettres survit avec ses valeurs sonores, retrouvé dans une collection japonaise ou chinoise ou maintenu en vie comme chiffre de techniciens, et un gouvernement du XXe siècle l'adopte.
Cette route rejoint la nôtre, et c'est la seule chose que nous ne pouvions accorder. Une clé conservée, quelle qu'elle soit, remet à la moitié de la péninsule, dès 1950, quelque chose de très proche de l'alphabet de notre monde, et toute l'histoire atteint sa destination réelle avec quelques décennies de retard. Elle se défendait ; elle faisait simplement un monde plus petit. Nous en avons pris le bénéfice causal en refusant l'arrivée : les tracés survivent dans un recueil de famille et un carnet d'interprète, les valeurs non, et comme le commentaire d'explication ne fut jamais composé, il n'existe de clé dans aucune archive au monde. Douze formes dorment sous une vitrine du musée, avec une notice qui concède que leurs sons ne peuvent être retrouvés.
Les Qing, après la soumission de 1637, imposent au Joseon des obligations d'écriture mandchoue ou chinoise comme clause de vassalité.
Nous n'avons trouvé aucun précédent du bon ordre. Ce que l'empire exige des cours tributaires, ce sont des otages, des marchandises de tribut, des troupes pour les campagnes de l'Amour et la soumission rituelle ; jamais il ne légifère sur ce qu'un tributaire écrit chez lui. Nous avons gardé le battement que cette route cherchait, là où les archives le portent : les Jurchen, nommés dans le mémoire de 1444 en preuve que l'invention de lettres est la marque du barbare, se donnent une écriture en 1599 et prennent Pékin avec elle en 1644. Le Joseon relit alors son propre refus dans ses registres et le produit comme titre de vertu.
Un monopole missionnaire sur la lecture produit au XXe siècle une Corée du Sud à majorité chrétienne.
Le mécanisme est celui qui a fonctionné pour l'écriture Pollard chez les Miao : il faut que l'Église soit la seule porte par où passe l'alphabétisation. Dans cette péninsule, un démotique tiré du chinois tient cette porte depuis le XVIIe siècle, et il est respectable comme un alphabet étranger ne peut pas l'être. Les lettres de mission n'y gagnent qu'une origine de martyre, aux procès de 1839 et de 1866, et restent l'orthographe des églises, de l'émigration et de l'exportation. Les Églises croissent par les écoles, les presses et les hôpitaux, à peu près à l'échelle qu'elles ont atteinte dans notre monde, et non verticalement.
La partie moderne gagne en tranchant si l'on nomme les figures coréennes vivantes des crises de 2016 et 2017, puis de décembre 2024.
Nous ne mettons pas de vivants dans des histoires qu'ils n'ont pas vécues. La chose est ici sans emploi : le calendrier intérieur de la République du Sud diverge à partir de 1960 environ, et les charges qui suivent sont tenues par des hommes qui n'existent que dans cette histoire, le général Ko Sang-jin au premier rang. La voix moderne du mémoire est une association de descendants des Choe de Haeju, c'est-à-dire une association et non un homme. Rien ne se perd : la veuve de 1858, la table d'arpentage de Naju en 1916 et la salle de classe d'accueil de 2011 portent le poids que des noms auraient porté.
Tout ce qui précède la bascule s'appuie sur ces lectures. Sous chaque titre, le passage retenu.
- Language Log: Ch'oe Manli, anti-Hangul Confucian scholar
Ch'oe Malli was (in essence) fired by King Sejong after his memorial, then reinstated a day later
- King Sejong's Leadership and the Politics of Inventing the Korean Alphabet (Review of Korean Studies)
Choe Man-ri, deputy chief of the Hall of Worthies
- Ch'oe Malli - Wikipedia
an associate professor (부제학; 副提學) in the Hall of Worthies who spoke against the creation of hangul
- Ch'oe Malli (biographical entry)
Born: Haeju, Punghae Province, Goryeo - Died: October 23, 1445 Anseong, Gyeonggi Province, Joseon
- Hangul Day - Wikipedia
Hangul was officially published in the 9th month of 1446 via the text Hunminjeongeum
- Hunminjeongeum - Wikipedia
The postface to the Haerye is dated to the first ten days (상한; 上澣) of that month
- Hunminjeongeum Haerye - Wikipedia
The text's postface was written by Chŏng Inji.
- Veritable Records of Sejong - Wikipedia
The books were compiled between the 22nd day, 2nd month of 1452 and the 30th day
Une vie dans ce monde — fiction d’archive
PERDU. Un bœuf, gris, six ans, corne gauche fendue par une chute, ne répond à aucun nom, n'en ayant jamais eu. Égaré sur la route de la porte ouest, le neuvième jour. Un mal d'orge à qui le ramènera à l'étal d'orge derrière la bourse au grain. Demander la femme Kim ; elle est grosse et ne vous trompera pas.
Trois doe de riz pour la gravure, qui prit à Pak Un-gil la meilleure part d'une matinée, l'homme voulant que le bœuf fût nommé deux fois ; et un doe d'orge au garçon Choe, planté sous la planche à midi, qui la cria trois fois, puis encore à l'heure où les portefaix descendaient des bateaux à grain. La planche, elle, était une chute. Un-gil la factura quand même.
ON DEMANDE une nourrice, pour une maison du quartier nord, deuxième ruelle après le puits aux pins. Pas de petite vérole dans la famille depuis trois ans, ni dans celle de la nourrice, et qu'elle le dise en face à l'intendant. Riz, deux mal le mois, nourrie, et du tissu au nouvel an. Veuves de préférence.
Celle-là rapporta un mal entier, parce que l'intendant se tint au-dessus de lui pendant toute la taille, respirant par le nez. L'intendant savait lire. Il fallut d'abord tracer les graphes à la craie sur le bois ; il les suivit du regard, le menton bas, en fit changer deux, et le changement coûta une face neuve.
Trois jours sur dix, un mal quatre doe. Il compta en rentrant, les mains dans les manches. Avec un couteau plus fin, l'affaire de l'intendant aurait pris une heure au lieu de trois. Un couteau plus fin, un biseau qui tienne, et du poirier qui ne se batte pas contre le fil.
La voisine Yun vint au crépuscule, de l'orge dans son tablier, avec un message pour sa fille mariée en Hwanghae-do.
« Dis-lui que le cochon est mort mais qu'on en a tiré le prix du boucher du carrefour, et plus qu'il ne valait. Dis-lui que la jambe de son père est pareille. Dis-lui que si la mère du mari est toujours comme ça, qu'elle ne dise rien et qu'elle attende, parce que cette engeance-là ne vit pas vieux, je l'ai vu. Dis-lui que le second garçon de la maison Hong s'est noyé. Elle voudra le savoir. »
Il le lui redit deux fois. Elle le corrigea sur le cochon et laissa le reste.
« Ça ressortira autrement, dit-elle. Ça ressort toujours autrement. Le colporteur le dira à sa façon et elle l'entendra à la sienne. Qu'il ressorte autrement, pourvu qu'il ressorte. »
Deux doe d'orge ; le colporteur de Gaeseong partit vers le nord le onze avec les mots dans la tête, et il en voulut deux doe pour lui, de les porter, que la femme trouva dans sa réserve.
Au-dessus de tout cela, clouée plus haut qu'un bras d'homme, la planche du comté sur les travaux d'hiver à la rivière, le creusement de la berge. Un commis de la magistrature en avait brossé le papier mince, Un-gil l'avait gravée pour quatre doe et bien gravée, car ces formes-là, il les connaît comme le chemin du puits. Une cinquantaine : les graphes de formule des commis, ceux qui reviennent dans chaque acte et chaque ordre du royaume. Ses mains y roulent comme une charrette dans l'ornière. Ce que disait la planche, il n'en avait pas idée. Des formes, leur enchaînement, et celles à crochet que les commis mettent à la queue des choses.
Qui grave doit connaître son bois. Un commis ne connaît que ce qu'un autre commis lui a appris, et prend deux pièces de coton pour un papier disant qu'une rizière a changé de mains, quand tout le village sait qu'elle a changé de mains au printemps dernier, pour une dette et une querelle. À Yangju, quand il était petit, le magistrat venait et repartait sans que personne lève la tête ; mais devant l'ajeon qui dressait les actes, on ôtait son chapeau. Un-gil raconte ça comme une plaisanterie, et les hommes en rient.
L'homme de la veuve vint le douze. Il resta dans la ruelle, sans entrer, à cause de l'odeur de la pièce.
« Elle dit que les onze yang tiennent. »
« Ils tiennent », dit Un-gil.
« Elle dit qu'elle est patiente. Elle dit qu'elle n'est pas morte. »
« Dis-lui que j'ai le travail de Namsan qui vient. »
L'homme regarda le toit, l'endroit au-dessus de la porte où le chaume avait noirci et s'affaissait, et s'en alla.
Onze yang. Si le travail de Namsan rentrait à trois planches, si le temple de Gwangju redemandait des faces de sutra, si le toit tenait jusqu'au quatrième mois, alors.
Il plut dans la nuit, de cette pluie qui arrive de la rivière et s'installe. Un-gil resta couché à l'écouter chercher la place qu'elle trouve toujours et tomber en gouttes sur la natte.
Au matin, sept blocs étaient hors de dressage. Le fil avait levé sur quatre, deux s'étaient ouverts le long d'une gerce, et quand il rabota une face d'essai le copeau partit en déchirure. Il en fendit un du plat de l'herminette pour voir jusqu'où c'était allé : c'était allé jusqu'au bout. Tok-su les avait empilés debout contre le mur où l'eau descend, comme on lui avait dit deux fois, à l'automne, de ne pas faire, et Un-gil le frappa sur l'oreille. La tête du garçon partit de côté et revint. Il ramassa le cuir et reprit le couteau qu'il était en train de faire.
Quatorze ans. Des mains déjà meilleures qu'elles n'avaient le droit de l'être, la gauche sûre, et pas la moindre idée de la façon dont une pile reste sèche.
À VENDRE. Poirier, sain, séché deux ans, raboté deux faces, prêt pour le pinceau. Convient aux enseignes, aux planches funéraires, au travail de temple. Bon marché contre riz, meilleur marché contre toile. Demander le graveur dans la ruelle derrière la bourse, près du puits à la margelle ébréchée.
Et une planche plus petite en dessous : blocs fendus, bon feu, moitié prix du petit bois de chêne.
Il paya au garçon Choe un doe d'orge par jour pour crier les deux, trois jours durant. Le premier jour, un homme s'arrêta, demanda si le bois ferait un billot de boucher ; Un-gil dit que non, et l'homme passa son chemin. Le deuxième, personne ne s'arrêta. Le troisième, il plut encore dans l'après-midi, le garçon Choe rentra tôt, Un-gil lui retint sa journée, la mère du garçon vint en dire quelque chose et Un-gil la rendit.
Personne ne vint pour le petit bois non plus. Moitié prix du chêne, et personne. Dans la ruelle derrière la bourse au grain il y a onze feux, et pas un qui dépensera pour du poirier ce qu'il ramasse en écorce sur la colline.
C'est du onzième mois au deuxième qu'un homme crève. Le froid entre dans les mains et dans la colle, et personne ne veut faire faire de l'ouvrage par le froid ; il n'y a que ça, et tous les graveurs d'ici à Gaeseong vous diront la même chose. Ce qui tombe dans le creux, ce sont les exemplaires du comté quand le comté a de l'argent, les filiaux, l'homme qui se taille la chair de la cuisse pour nourrir sa mère dans l'image du haut et les mots dessous. Un-gil a gravé ce bloc trois fois en neuf ans. Il connaît le visage de la mère mieux que celui de la sienne, les deux traits des yeux fermés et la bouche, qu'il faut faire au petit couteau ou elle vous engraisse. Quelqu'un à la magistrature décide que c'est le moment, ils viennent à la boutique, et c'est la seule commande sur laquelle un homme peut régler son année.
Le couteau. S'il avait ceux de la fonderie, les coudés dont se servent les tailleurs de caractères, le manche renflé pour tenir dans la paume, il prendrait du travail de temple à une vitesse qui obligerait la boutique à le garder tout l'hiver. C'est toujours l'outil.
Il fit le total de ce que les sept blocs lui avaient coûté, verts, dans la cour de Yangju, deux étés plus tôt ; ça passait le yang, et il s'arrêta de compter.
La maison Yi fit descendre de sous Namsan le dix-neuf. L'homme du monsieur voulait des filets de marge et deux plats de couverture pour des œuvres complètes montées d'une académie du Yeongnam pour réimpression, et il voulait le prix avant qu'on en importunât le monsieur.
Un-gil dit quatre mal la planche. Le visage de l'homme ne bougea pas. Un-gil dit que pour une maison pareille il dirait trois, que ce serait un honneur d'avoir sa taille dans un tel livre, et que l'honneur faisait la plus grande part de la chose. Il s'entendit dire honneur une seconde fois et n'en fut pas gêné.
Trois, c'était en dessous de son bois et en dessous de son temps, et il le savait pendant que l'homme était encore sur le seuil.
Ce soir-là il mangea deux bols, se rassit sur les talons et donna le chiffre à sa femme.
« Douze yang pour la place du petit à l'école, dit-il. Douze, et quelque chose pour l'instructeur au nouvel an, et il entre. Deux ans à l'école du comté, ensuite il est au coude de quelqu'un avec un pinceau à la main et ne soulève plus jamais rien de lourd. »
Dame Chi baissait la mèche. Sa mère dormait déjà le long du mur, la bouche ouverte.
« Douze », dit Dame Chi.
« Douze. »
C'était douze au troisième mois et douze à la lune des moissons. Les femmes de Chungju. Du côté de sa mère, on avait un moulin, du caractère, et pas la moindre conversation.
Tok-su repassait le couteau. Six coups de chaque côté, ce qui est juste ; puis il le leva vers la lampe, regarda le long du tranchant et ne dit rien du tout.
L'homme de l'académie vint lui-même à la boutique voir manier les volumes, parce que c'étaient les œuvres complètes du maître, qu'il les avait montées du Yeongnam enveloppées de papier huilé dans une boîte de paille, et qu'il ne se fiait pas à la capitale.
Il tourna les feuillets pour Un-gil avec une baguette de bambou, non avec les doigts.
« Ici, les préfaces. Ici, les mémoires : voilà ce qu'on voudra gravé net, il y aura des hommes là-dessus le nez sur la page. Et ici », dit-il, et il s'arrêta. « Le cycle de chants. »
Un-gil regarda où était la baguette. Huit lignes, et huit encore, et huit, jusqu'au bas de la page, les graphes assis carrés et réguliers. Celui qui avait brossé le modèle de la première taille avait la main égale et n'avait pas serré les bas.
« Neuf pièces, dit l'homme de l'académie. Il les a faites sur la colline au-dessus du sanctuaire, quand on l'a mis hors charge. Les étudiants les chantent encore. Il n'y a pas un garçon dans la salle qui ne vous donne les neuf. »
« Et ce sont elles. »
« C'est la version du maître lui-même. Huit vers la pièce. Il les a mises en mots convenables plus tard, sans quoi elles ne seraient pas dans un livre du tout. Il a été strict là-dessus, dit-il, content. Il y en a qui, à ce jeu-là, se relâchent et ajoutent, et alors où va-t-on. Lui a gardé le sens. »
« Et l'air ? »
« L'air, ils l'ont d'oreille, de la salle du sanctuaire. Ça descend », dit-il en haussant l'épaule, et il tourna deux feuillets de plus et s'arrêta encore, par habitude plus que par intérêt. « Le livre de l'office de la musique a une préface qui dit qu'on ne peut plus rattraper quantité des pièces anciennes. Les hommes qui les tenaient sont morts et voilà tout. Rien à faire. »
Sur le banc le long du mur, deux élèves de l'Office des interprètes attendaient des plats de carnet. Ils avaient leurs livres ouverts sur les genoux et discutaient à mi-voix d'une formule de marchand, et les marges de leurs pages grouillaient des marques à boucles dont usent les interprètes, et sur un bord quelqu'un avait mis les griffonnages japonais, ceux qui font des crochets et de l'herbe. Trois de ceux-là par an depuis dix ans, quatre doe le plat. Griffonnages de techniciens.
Il dit, parce que ça lui était venu pendant que l'autre parlait de la salle du sanctuaire :
« Est-ce qu'un chant, ça se grave ? »
« Ça se grave ? »
« Ça se bloque. Ça se vend. Il y a des gens qui donneraient un doe d'orge pour une feuille s'il y avait dessus un chant qu'ils connaissent. »
L'homme de l'académie ôta la baguette de la page. Il regarda le tablier d'Un-gil, les copeaux autour de ses pieds, puis les élèves sur le banc.
« Gravé en quoi ? »
« En graphes. »
« Alors c'est en graphes, donc c'est du chinois, donc c'est un poème et non plus un chant, et il faut un monsieur pour le faire, et alors il est à lui », dit-il, et il ferma le volume et aplatit les cordons. « Ce qu'a fait le maître, précisément, et il y a passé un hiver, et c'était un homme qui pouvait le faire. Votre chant de roturier, mis là-dedans, ça donnerait quoi ? Huit vers sur de la boue. »
Il rit, et ce fut un rire assez amical, de là-haut, et il enchaîna : que le cycle du sanctuaire est demandé à chaque fête du comté, qu'un gaillard était monté de Sangju l'an dernier qui donnait les neuf et par-dessus les versions en huit vers, et qu'il y avait eu une vieille affaire, un type de Haeju, un Choe de Haeju, celui qu'on appelle Gonghye, qui avait arrêté toute cette histoire de lettres barbares du temps de Sejong et épargné au royaume bien de l'embarras à la cour des Ming ; et que voilà de quoi réfléchir, quand des hommes parlent de relâcher ceci et cela.
Paroles de messieurs. Un-gil hocha la tête en pensant à quatre doe le plat.
Quatre clients par an. Les temples, les académies, le comté avec ses exemplaires, la maison Yi quand l'envie lui prend. Vingt-cinq ans qu'il met ça sur le couteau, sur l'humidité, sur les hommes du Jujaso qui connaissaient quelqu'un et se sont fait prendre à dix-huit ans. Il était debout dans la boutique, le papier huilé sentant, les deux élèves chuchotant sur le banc, et pendant l'espace de quatre respirations, à peu près, il y eut sur lui un courant d'air venu d'un mur sans fenêtre. Il alla déplacer la boîte de paille du bout du banc et la rangea d'équerre contre le mur.
La maison Pak, deux portes plus bas, perdit son grand-père le vingt-quatre, et il y eut une veillée avec du vin de millet et un chanteur loué qui ne valait rien.
Tard, le chanteur payé et renvoyé, les hommes en train de discuter de la glace de la rivière, la mère de Dame Chi se redressa sur ses talons et commença la complainte qu'elle porte, qu'elle tient de la sœur de sa propre mère à Chungju, et qu'Un-gil a entendue peut-être quarante fois en dix-sept ans sans jamais l'écouter une seule.
C'est long. Quarante lignes, à peu près ; il les compta sur ses doigts contre sa cuisse, dans le noir, perdant deux fois le compte et recommençant, parce que les tournants ne sont pas où on les attend et que la ligne sur l'eau revient trois fois, chaque fois changée.
Deux fois le souffle manqua sous la vieille et elle s'arrêta, bouche ouverte ; et Dame Chi, sans lever les yeux, sans façon, souffla les quatre mots suivants, et la vieille les prit et continua.
Elle le savait. Tout entier. Les mots dans leur ordre, comme un homme sait les cinquante graphes de formule.
Il attendit d'être rentré et la lampe baissée pour dire :
« Redis-le. Lentement. »
Dame Chi se retourna. Dans le noir il ne voyait pas son visage, mais elle ne commençait pas, ne commençait toujours pas, et il allait répéter quand elle dit :
« Quel passage. »
« Tout. Depuis où elle commence. »
« Il faudrait que je me lève », dit-elle, et quelque chose passa dans sa voix, qu'il laissa passer.
Elle se leva et se tint au milieu de la pièce, les bras le long du corps comme une fille à la fête du pacte de village, et le lui donna lentement, depuis le haut.
Quarante et une lignes. Cette fois il compta bien.
Sept graphes la ligne si un monsieur comprime, et ils compriment toujours. Deux cent quatre-vingts, trois cents peut-être. Ça fait un bloc, et petit, les deux faces, et le papier bon marché de Jeonju à un mal la balle, et rien que le commerce des veillées dans ce quartier-ci prendrait cinquante feuilles l'an, sans parler de la province.
Elle finit, et resta là un moment encore, au cas où il l'aurait redemandé.
« Bien, dit-il. Bien. Va dormir. »
Il resta éveillé à chiffrer du papier. Dix-sept ans, et il n'avait jamais su qu'elle eût quoi que ce soit dans la tête. Un homme a de l'ouvrage.
Il monta à Namsan le deuxième jour du douzième mois avec la complainte dans la bouche, la repassant dans la ruelle pour ne pas lâcher un tournant, et se tint dans la cour du monsieur Yi près de la jarre fêlée à la ficelle rouge au col, pendant que le monsieur, assis sur les planches à l'abri du vent, allait du pinceau.
Un-gil la dit deux fois d'un bout à l'autre. La seconde fois, le monsieur l'arrêta à la ligne de l'eau, la refit reprendre, émit un son dans la gorge, et écrivit.
Deux visiteurs sortirent écouter en cours de route et restèrent.
Ce qui revint, une fois sec, faisait huit vers.
Le monsieur les lut à voix haute, puis les relut plus lentement. L'un des visiteurs posa la main à plat sur les planches et l'y laissa. Il dit que le quatrième vers valait tout le reste ; le monsieur dit qu'il lui était venu pendant que le bonhomme parlait, et que la matière brute avait une rudesse qu'il valait la peine de garder, à condition de la tenir à sa place.
C'était sur la constance d'une veuve. Cela, Un-gil le saisit, parce qu'ils le dirent, deux fois, en connaisseurs.
L'eau de Chungju n'y était pas. Le nom de la vieille n'y était pas, ni la sœur de sa mère, ni la ligne sur l'eau qui revient trois fois avec le changement dedans, parce que huit vers ne tiennent pas trois fois quoi que ce soit.
Deux yang, pesés en argent dans un pli de papier, et une mesure d'encre, de la bonne, meilleure que celle qu'il achète. Cela irait dans le recueil du monsieur lui-même, dit l'homme, quand on le mettrait en ordre, et il mentionnerait peut-être d'où il le tenait.
Un-gil redescendit la colline l'encre sous le bras et l'argent dans la ceinture serrée par-dessus, et s'arrêta au cabaret de la porte sud parce qu'il faisait froid (ils le mouillent, tout le quartier sait qu'ils le mouillent, on y entre quand même).
« Qu'est-ce que le monsieur voulait, du chant de ma mère ? » dit Dame Chi, quand il eut mangé.
« Deux yang », dit Un-gil.
Elle attendit.
« Ça ira dans un livre », dit-il.
Elle ramassa son bol. Il l'entendit dehors le racler dans la marmite pour le matin. Il sortit l'argent, le regarda, le remit. Plus tard, la lampe éteinte, il le ressortit et le retourna sous le pouce, dans le noir, avec au bout la coupe de lime, là où quelqu'un s'en était fait donner un morceau avant lui.
La porte de la veuve, le huit du premier mois. Elle ne le fit pas entrer. Elle avait un tablier de toile à sac par-dessus son manteau, et de la farine ou de la chaux aux poignets.
« Le garçon a quatorze ans. »
« Il les a. »
« Envoie-le-moi pour la morte-saison. Trier, charrier, remonter le mouillé du sol. Il sait compter ? »
« Il sait compter. »
« Alors ses gages viennent en déduction de ce que tu dois, et je dis trois yang pour les trois mois, et je ne dirai pas plus, et tu ne viendras pas ici réclamer la différence en riz. »
« Entendu », dit Un-gil, avant qu'elle eût refermé la bouche.
Elle rentra et tira la porte derrière elle du poignet, pour en garder la chaux.
Il donna le chiffre à Dame Chi ce soir-là sans qu'elle demande. Douze yang pour la place à l'école du comté, et quelque chose pour l'instructeur au nouvel an, et le petit entre. Elle dit douze. Il dit douze.
Tok-su remonta la ruelle le dix, son édredon roulé sous le bras ; au coin il s'arrêta, revint chercher son couteau et la petite pierre, les enveloppa dans un chiffon et les mit dans son manteau.
Le deuxième mois entra sec. Il grava pour la veuve, en règlement partiel, l'enseigne du cabaret, quatre graphes gros comme une tête d'homme, VIN et le reste, et il y mit deux jours et demi, ce qui est rapide, parce que les formes étaient des formes qu'il a taillées cent fois et que les mains y vont sans qu'il ait à s'en occuper. Le cabaretier vint se planter devant, la tête de côté.
« C'est bien ça ? »
« C'est ça. »
« Vous devez savoir », dit l'homme, et il paya sa moitié à la veuve et sa moitié en vin de millet, et l'eut au-dessus de sa porte avant que le marché revienne, et toute la ruelle convint que c'était une belle planche.
La veuve lui donna un papier neuf et un bâton de compte, encoché, et sur le papier le nombre, la seule chose là-dessus qu'il sache lire, parce qu'un nombre est un nombre. Huit. Il mit le papier dans la boîte avec les anciens et les vieux bâtons, qui font une petite poignée à présent, rabattit le couvercle et posa la pierre dessus.
En bas dans la ruelle, sa propre annonce était encore collée au mur où il l'avait mise au onzième mois, l'encre pelucheuse et coulée sur les bords après quatre mois d'intempéries, poirier sain, raboté deux faces, bon marché contre riz. Dessous, le comté avait cloué une planche neuve sur les prêts de grain de printemps, brossée par un commis et taillée par quelqu'un qui serre les bas, et le quartier avait payé le garçon Choe pour la crier à midi.
La pluie vint avant la nuit, douce d'abord, du côté de la rivière.
Un-gil sortit, le manteau sur la tête, tira la natte de paille sur les blocs empilés, de six pouces, jusqu'à ce qu'elle fût au clair de l'égout, posa une pierre sur le coin, et rentra.