La Fédération franco-américaine

Le trou dans le plancher de la chapelle des Ursulines de Québec a été ouvert par un obus britannique en juillet 1759 ; il a la taille d'un berceau. Les religieuses l'ont fait équarrir et dégager, pensant qu'il servirait de tombe. Le 13 septembre au matin, Wolfe a rangé ses quatre mille huit cents hommes le long de la crête, les deux ailes appuyées aux escarpements. Le conseil de guerre tenu dans la ville dure vingt minutes. Vaudreuil veut faire descendre Bougainville du Cap-Rouge et prendre les Anglais entre les remparts, les lignes de Beauport et le corps mobile. Montcalm, qui tient qu'une colonie sauvée par le calendrier demeure une colonie sous sentence, cède. Les troupes réglées restent derrière les murs. À dix heures, il ne se passe rien du tout.
1759–1761L'hiver d'après la victoire
À Charlesbourg, le dernier jour d'octobre, Étienne Charpentier, charretier, trente et un ans, compte les papiers pliés dans sa veste. Quatre mois à monter la poudre du Palais et à sortir la farine par la route de Beauport, une feuille signée des commis de l'intendant pour chaque voyage, et selon les chiffres portés sur ces feuilles on lui doit plus que sa terre et ses bœufs réunis. Son curé accepte du sel contre une dette, ou de la poudre, ou une pièce de toile. Le papier, personne dans la paroisse n'en veut.

La ville où il charroie tient debout et elle est saccagée. Le Sault-au-Matelot est sans toits sur toute sa longueur, l'église du père Recher n'est plus qu'une coquille, et les familles qui redescendent de la Jacques-Cartier campent dans leurs propres caves avant le gel. Puis l'hiver fait ce que vingt-neuf canons n'avaient pas su faire. Beaupré et la rive sud sous Lévy ont brûlé en août : ni semence ni bétail. La récolte a été rentrée tard par des miliciens congédiés paroisse par paroisse. Garnison, réfugiés et prisonniers mangent au même garde-manger maigre. Environ trois mille personnes meurent de faim et du typhus dans le gouvernement de Québec avant mai. La colonie qui a gagné le siège est plus petite au printemps qu'en septembre.
À Londres, le général qui n'est pas mort encombre. Wolfe rentre malade, invaincu, les mains vides, et passe l'hiver devant les comités et dans les gazettes à répéter que la place s'enlèvera l'an prochain pour le prix d'une flotte et d'un train de siège.
Il a presque raison. La fin la plus probable de toute cette histoire, c'est une flotte britannique dans le bassin en mai 1760, une batterie de brèche débarquée dans les formes, Québec pris un an trop tard par une puissance qui pouvait s'offrir le luxe de perdre une campagne. Deux choses l'empêchent. La première : la capitale restant debout, les nations de l'Ouest et les conseils iroquois qui avaient commencé à traiter avec les gens de Johnson après Niagara n'achèvent jamais leur passage ; ils donnent des assurances aux deux camps et attendent le convoi de poudre et de toile du printemps. La seconde, c'est le pain. En 1760, deux colonnes convergent sur Montréal au lieu de trois, faute d'un Québec britannique d'où Murray pût sortir. Haviland prend l'Île aux Noix en août. Amherst descend d'Oswego avec dix mille hommes, se fait travailler sur toute la longueur du haut fleuve par les partisans de Lévis et par des partis onontagués et tsonnontouans, atteint les îles de Montréal le 20 septembre, ne peut fermer la place avant que les blés soient rentrés, et se replie sur Oswego en octobre par manque de farine. Le Richelieu brûle. Les côtes au-dessus de Montréal brûlent. Les ordonnances de Bigot passent les cent millions de livres.
Juin 1761 fait remonter la flotte, comme les pilotes l'avaient toujours annoncé. La Basse-Ville brûle une seconde fois, cinq mille hommes débarquent à Beauport, et Lévis tient les Buttes-à-Neveu derrière un hiver de terrassements neufs, jusqu'à ce que la dysenterie dans les camps britanniques et le gel de septembre tranchent. Wolfe, qui commandait ce retour, meurt de sa propre maladie deux ans plus tard, à trente-six ans, retenu comme l'homme qui a monté la falaise et n'en a rien reçu.
Le 15 août 1761, l'Espagne signe le Pacte de Famille, à sa date et pour ses raisons : la victoire anglaise aux Indes et au Bengale paraît totale, et l'Amérique espagnole paraît suivante. Cette signature sauve le Canada. En 1762, les réguliers et les canons de siège qui devaient achever le Saint-Laurent prennent la Martinique, puis La Havane, puis Manille. L'Amérique du Nord redevient théâtre secondaire pour la deuxième fois en trois ans, et les hommes qui écriront la paix s'assoient pour compter du sucre.
1762–1774Cinq sous pour la livre
Bougainville a trente-trois ans, colonel, croix de Saint-Louis, et il revient dans les antichambres de Versailles où il avait déposé quatre mémoires en février 1759 pour s'entendre répondre que le secours ne partirait pas. Cette fois on l'écoute : Choiseul a découvert que le Canada est une chose que la France possède.
La paix de 1763 échange ce que l'on tient réellement. La Grande-Bretagne détient La Havane, Manille, la Martinique, la Guadeloupe, Belle-Île, Gorée, le Bengale, Louisbourg, Niagara, Oswego et Ticonderoga ; la France tient Québec, Montréal, les postes d'en haut, les Illinois et la Louisiane. Bute, avec une dette voisine de cent vingt-deux millions, ne peut porter le Canada devant les Communes et ne veut pas mettre aux voix une quatrième campagne canadienne. Le vieux débat sur la neige et les îles à sucre se règle donc par la possession et non par l'argument : il aurait fallu acheter le Canada avec la Guadeloupe, La Havane et le Bengale à la fois, et Londres s'en abstient. La France rend Minorque, rase Dunkerque, cède le Bengale, abandonne l'Île Royale avec Louisbourg démantelé, confirme l'Acadie, et voit la pêche réduite à Saint-Pierre et Miquelon. L'Espagne rachète La Havane par la Floride.
L'article de l'intérieur est le prix du tout. Niagara, Presqu'Île et Le Bœuf sont évacués ; le bassin des lacs et l'Ohio sont érigés en barrière neutre sous garantie commune, les traiteurs munis de licences des deux couronnes, aucun fort royal à l'ouest de Fort Pitt, le portage de Niagara gardé par des Tsonnontouans sur subside français. La ligne de l'Ohio va à une commission mixte qui ne rapportera jamais. Faute de garnisons britanniques dans les postes de l'Ouest, il n'y a pas de soulèvement contre elles en 1763 ; ce sont la poudre et le vermillon qui arrivent, et les nations passent la décennie à vendre leur neutralité à deux couronnes en même temps.
Ignace, Wendat de Lorette, qui avait passé septembre 1759 dans les bois au-dessus du Foulon à couper les corvées d'eau anglaises, entre au Congrès de Détroit en 1766 avec des colliers pour un conseil qui reconnaît les nations libres comme alliées et non comme sujettes, et les postes français comme maisons de traite. Il a quarante ans. Il dira à ses petits-fils que l'été où la flotte anglaise a redescendu le fleuve fut la dernière fois qu'on a été obligé de lui demander son avis.
Au guichet de la caisse, à Québec, à l'automne de 1764, Charpentier remet quatre mille livres de papier de siège et reçoit deux cents livres d'argent, la première monnaie qu'il touche depuis 1757. Cinq sous pour la livre. L'État qui avait pendu Louis Mallet et sa femme à Québec en 1736 pour contrefaçon de monnaie de carte vient de répudier les neuf dixièmes de la sienne, et ce sont les habitants, les entrepreneurs de charroi et les fournisseurs de milice qui portent la perte, tandis que les remises des îles adossent au pair la nouvelle Caisse de Québec. Bigot est jugé en public, ce qui coûte moins cher que de payer. Les marchands et seigneurs qui passent cet hiver-là à réclamer de Versailles des comptes vérifiés sont la semence d'une assemblée qui se réunira, trente ans plus tard, sans demander la permission.
Ce que Versailles paie désormais est ce qu'il refusait en 1759 : trois mille réguliers en garnison permanente, des magasins à grain aux Trois-Rivières et aux Illinois, une ligne publiée au budget pour la poudre, la toile, l'eau-de-vie et les présents, un arsenal à Québec que Bougainville fonde et dirige. Le corps mobile de 1759 devient légion canadienne en règle. La facture tombe sur la marine, qui atteint cinquante-cinq vaisseaux de ligne en 1770 quand elle devait en atteindre soixante-quatre, et sur un trésor qui glisse vers Terray.
Puis vient l'ordonnance qui fait une nation de soixante-dix mille personnes. L'Ordonnance des terres de 1764 ouvre des censives franches de cens et rentes pendant dix ans à tout chef de famille catholique qui les prendra dans le Richelieu, le corridor Détroit-Maumee, le Wabash, les basses terres des Illinois ou l'Ouachita. Charpentier, quarante-deux ans et ruiné, descend les lacs en 1766 avec ses deux fils et une charrette, et se trouve à Kaskaskia au printemps suivant. Dix mille Acadiens rentrent entre 1764 et 1775. Les jésuites, supprimés dans toute l'Europe catholique, arrivent comme un cadeau inespéré de maîtres d'école et ouvrent des collèges à Québec, Montréal, Détroit, Kaskaskia et à la Nouvelle-Orléans. La population double tous les vingt-six ans, parce qu'il y a du labour neuf pour chaque fils.
Québec se rebâtit dans les années 1770 sur le plan de l'intendant : pierre, rues droites, façade Bourbon au séminaire, une place d'armes là où un quartier brûlé se tenait. Les marchands qui voulaient d'abord les quais de la Basse-Ville et le commerce de l'Ouest servi avant les façades du Roi perdent cette bataille au conseil. Plusieurs envoient déjà leurs fils aux Illinois.
1775–1815La Nouvelle-Angleterre se lève seule, et la colonie survit à son roi
Boston, au printemps de 1775, garde les mêmes officiers des douanes, les mêmes troupes dans les mêmes casernes et la même dette derrière tout cela : deux campagnes canadiennes supplémentaires et une garnison américaine permanente ont rendu le Stamp Act et les droits Townshend plus nécessaires, non moins. Ce qui a changé, c'est la carte. L'article de barrière de 1763 a réduit en papier toutes les concessions de l'Ouest tenues par la Virginie, la Pennsylvanie et la Compagnie de l'Ohio, et qui possède du papier veut une Couronne entre lui et des Illinois français. Les colonies du centre et du sud restent donc dans l'Empire, et la Nouvelle-Angleterre se soulève seule, sur le commerce, la douane et le logement des troupes.
Le mémoire de Vergennes, en 1777, tient en une ligne : une république indépendante sur cette côte serait l'ennemie mortelle des Illinois et de la Nouvelle-Orléans en une génération. Par la Convention de Versailles, la France vend à Londres une neutralité formelle contre une garantie écrite de la barrière. Nulle escadre ne part, pas de Rochambeau, pas de Yorktown. Saratoga est un désastre local absorbé en une saison. Le dernier congrès se dissout à Lancaster en 1781.
Le prix : quarante mille morts, un gouverneur militaire à Boston jusqu'en 1790, vingt-cinq mille irréconciliables dispersés en Nouvelle-Écosse et aux Bahamas. Quelques milliers d'autres prêtent les serments français de tolérance et gagnent le Missouri, où on les appelle encore les Bostonnais et où ils sont encore enterrés dans leur propre terre. En 1785, l'Acte d'Union de l'Amérique britannique érige un Parlement à Philadelphie, couronné et fédéral, abandonne la taxation intérieure pour des réquisitions et ferme l'Ouest à la crête des Appalaches par traité. Aucuns États-Unis n'ont jamais existé.
Puis la France royale meurt et la colonie ne meurt pas. La Révolution suit son horloge métropolitaine, celle du grain et de la dette, l'une et l'autre aggravées par l'établissement d'Amérique. Le Canada, les Illinois et la Louisiane refusent la Constitution civile du clergé en 1791. En 1793, le gouverneur, l'évêque et les États coloniaux de Québec proclament pour le roi captif et gouvernent en Régence, le Conseil supérieur de la Nouvelle-Orléans y adhérant ; la République ne peut rien envoyer outre-mer, exactement comme Versailles ne pouvait rien envoyer en 1759.
La Convention de Halifax, en 1794, leur donne la reconnaissance britannique, la protection de la Royal Navy sur le Golfe et le fleuve, l'accès commercial anglais, les navires républicains exclus. Pitt préfère un tampon catholique à l'entretien de garnisons chez trois cent mille catholiques, à côté d'une Nouvelle-Angleterre à peine pacifiée. Les Canadiens appellent ce document une indépendance. Les Anglais l'appellent un protectorat. L'ambiguïté est voulue et reste une querelle vive dans les législatures provinciales. Elle se paie de cinquante ans de dépendance, de quais construits à la Nouvelle-Orléans avec de l'argent de Liverpool, et de la pêche hauturière perdue pour une génération.
Bonaparte réclame l'empire en 1802 et ne peut faire passer une escadre au travers du blocus pour aller le prendre. Haïti est indépendante en 1804, et ses réfugiés débarquent à la Nouvelle-Orléans par dizaines de milliers, avec la mémoire de ce à quoi sert une colonie à sucre. En 1806, les États couronnent à Québec un prince Bourbon, et les Royaumes-Unis du Canada et de la Louisiane sont reconnus à Vienne comme la branche qui a refusé l'usurpateur. Il n'y a pas de vente de la Louisiane : personne à qui vendre, personne pour acheter.
1811–1867Deux constitutions, une couronne, et la guerre des deux rives
À trente milles au-dessus de la Nouvelle-Orléans, un matin de janvier 1811, cinq cents hommes des plantations de la Côte des Allemands descendent le chemin du fleuve avec des couteaux à canne et un tambour. Certains sont nés à Saint-Domingue et savent réciter le décret d'émancipation voté par la Convention en février 1794, nominalement loi dans ce royaume et appliqué nulle part. Le soulèvement dépasse tout ce que le delta avait vu, et il est réprimé avec une sauvagerie dont les paroisses du nord entendront parler en chaire pendant dix ans. Étienne de Boré a granulé du sucre à la Nouvelle-Orléans en 1795 ; l'égreneuse est brevetée en 1793 ; le bas du fleuve est devenu une économie de Code Noir qui s'étend au rythme où elle peut acheter des êtres humains.

Une seule couronne couvre maintenant deux pays. La Laurentie et les Illinois sont cléricaux, de petite propriété, de plus en plus abolitionnistes ; le delta est une société esclavagiste dotée, à la Nouvelle-Orléans, d'une élite libre de couleur qui possède, envoie ses fils à Paris et constitue une troisième classe politique dont personne n'a la théorie constitutionnelle.
Entre les deux court le fleuve, et le fleuve passe par une douane. Le Kentucky et le Holston avaient été occupés avant 1763 : la rive sud de la barrière est anglaise par arithmétique, tandis que la Confédération des Lacs tient la rive nord. Chaque barrique de farine du Kentucky gagne la mer par la Nouvelle-Orléans, sur des droits copiés du Sund danois. La première guerre des péages, en 1819, ne règle rien. Londres plafonne le tarif en 1842, mesure dont on se souvient en amont comme d'un sauvetage et en aval comme d'une amputation.
La Grande-Bretagne affranchit ses propres esclaves en 1833 et laisse le delta seule grande économie servile du continent ; quand les planteurs de Caroline se révoltent contre la mesure impériale, de 1835 à 1841, ils sont brisés par la Royal Navy et par ceux qu'ils possèdent. L'Assiniboia entre comme province métisse en 1851. En 1859, l'ancien feu de conseil est reconstitué en Chambre des Nations, avec siège permanent et veto sur les terres de traité, et un arrière-petit-fils d'Ignace de Lorette prend le fauteuil wendat à trente et un ans.
La guerre civile francophone court de 1857 à 1864 et se fait sur l'eau. Des canonnières bâties à Québec descendent ; des canonnières bâties à Saint-Louis remontent ; les esclaves quittent les paroisses à sucre par dizaines de milliers et s'engagent là où ils arrivent, ce qui finit par trancher la question de droit. L'émancipation est décrétée en français en 1862, achevée en 1864, concédée par un delta à bout d'hommes, sous la pression des abolitionnistes catholiques du Missouri et des Illinois et sous celle des régiments d'affranchis. Un Charpentier est tué à l'embouchure de l'Arkansas en 1863, arrière-petit-fils du charretier, sur un morceau de terre que sa famille tenait depuis quatre-vingts ans.
La réunion se paie de la capitale. Québec garde la couronne, Montréal garde les banques, et en 1867 le gouvernement passe à Saint-Louis-des-Illinois, ville fondée par ceux qui avaient perdu la bataille de la reconstruction des années 1770. La ville sauvée en septembre 1759 n'est pas celle qui hérite.
1846–1912Quatre coins, et pas d'Entente
À Cork, en 1847, un agent d'émigration écrit deux prix à la craie sur un tableau : la Nouvelle-Orléans, et Philadelphie. Le premier est inférieur d'un tiers, parce que la fédération subventionne le passage des catholiques vers la seule juridiction d'Amérique du Nord où un catholique possède librement, siège sur un banc de juge et instruit ses enfants dans sa propre Église. Quelque trois cent cinquante mille Irlandais et catholiques des Highlands entrent pendant les années de famine, par-dessus les quarante-cinq mille du siècle précédent, et derrière eux viennent des Alsaciens et des Bavarois.
Ils arrivent dans un pays qui ne sait qu'en faire. Les émeutes de paroisse entre Irlandais et Canadiens traversent Montréal et les villes des Illinois au milieu du siècle ; la tenure seigneuriale craque sous la faim de terre et se rachète province par province ; une population protestante inassimilée du Missouri vote contre la fédération pendant trois générations. La loi scolaire de 1901, qui verse les paroisses catholiques anglophones de Montréal, de Chicago-sur-l'Illinois et de Saint-Louis dans les écoles françaises, reste dans les mémoires pour ce qu'elle était, une contrainte, et elle réussit.
Pas de guerre du Mexique, faute de république pour la mener. La Grande-Bretagne prend la Haute-Californie à un Mexique en effondrement en 1847 : la ruée de 1849 est donc britannique et les escadres du Pacifique sont celles de la Royal Navy ; l'Amérique russe est vendue à Londres en 1867. La pression expansive anglo-américaine part vers le sud, sur les Florides, le Golfe et le Texas. En 1900, l'échiquier a quatre coins en Amérique et deux en Europe : l'Union de l'Amérique britannique, soixante-cinq millions d'habitants, enfermée à l'est de la crête et industrialisée tôt parce qu'il le fallait ; la fédération franco-américaine, dix-huit millions, qui nourrit l'Europe de blé et de bœuf et vend son coton au Lancashire ; l'Allemagne ; la Grande-Bretagne ; la Russie.
La France, elle, est une puissance moyenne avec une cousine riche outre-mer, humiliation que personne à Paris ne nommera tout haut. Quand vient Fachoda, en 1898, Paris recule et la presse accuse l'indifférence de Québec. Londres, n'ayant aucun besoin d'un ami continental, signe la Convention navale et coloniale anglo-allemande de 1912. L'Entente cordiale n'est jamais rédigée.
1914–1962Les guerres se déforment, et la langue traverse l'océan
Les courtiers en blé de la bourse de Saint-Louis font un bon mois d'août en 1914, et un meilleur septembre. Sarajevo arrive à l'heure prévue ; le réseau d'alliances, non. L'Allemagne et l'Autriche affrontent la France et la Russie, la Grande-Bretagne restant neutre deux ans au titre de la convention de 1912, et la fédération vend grain, coton et nitrates à tout acheteur solvable. On entre dans Paris en 1916. Londres entre en guerre en 1917, pour les Pays-Bas. La guerre s'arrête d'épuisement en 1919, laissant une Mitteleuropa du Rhin à la Vistule, sans réparations et sans traité de Versailles.

Il n'y a pas de Troisième Reich dans ce siècle, et il n'y a pas de Shoah. Cette absence mérite d'être dite nettement et dite seule, car rien dans cette chronique ne l'a méritée et elle n'a récompensé personne. L'antisémitisme garde ailleurs toute sa force. Il est inscrit dans les lois de résidence et d'université à travers la Mitteleuropa, et la guerre civile russe de 1918 à 1922 tue des Juifs par dizaines de milliers dans les pogroms. Les physiciens qui gagnent Montréal dans l'entre-deux-guerres y viennent parce que des universités catholiques d'une Amérique de langue française leur donnent des chaires que Vienne et Varsovie leur refusent.
L'humiliation de 1919 est métropolitaine et française, et la capitale de la langue traverse l'eau : l'Académie transporte son siège à Montréal en 1923, et le français survit comme langue mondiale sur de l'argent américain. La Dépression arrive et frappe moins fort ici, un grenier doté d'une union douanière étant long à casser. La Russie est bolchevique dès 1919, sur son horloge propre, et la grande guerre du siècle oppose la Mitteleuropa à la Russie de 1939 à 1947, financée par Londres et où aucune des deux Amériques n'envoie d'hommes.
La guerre du Japon commence en 1937 et se mène contre la Malaisie britannique, la Californie britannique et les convois pétroliers du Golfe. Elle finit le 6 août 1946, quand une bombe faite d'uranium du Grand Ours et d'eau lourde d'Arvida par un projet anglo-canadien détruit Yokohama et un peu plus de quatre-vingt mille personnes avec elle. Ceux qui l'ont construite étaient pour l'essentiel des réfugiés ; la ville a été choisie pour son port. À Montréal, quatre physiciens signent une lettre demandant que le second engin ne serve pas ; il ne sert pas ; la capitulation vient quand même ; et la lettre est au mur du musée de l'université, où des écoliers la lisent sans croire tout à fait aux dates. Quatre capitales détiennent l'arme nucléaire en 1953, ce qui explique en partie que le monde ne se coupe jamais proprement en deux, et que la décolonisation vienne tard et mal : l'Inde en 1952, l'Afrique jusque loin dans les années soixante-dix.
Puis l'Église se vide. Après 1962, les paroisses tombent en dix ans, plus vite que personne ne l'avait prédit, et un État qui se définissait par la foi depuis Pontbriand se redéfinit en une décennie par la loi linguistique, les barrages et la piastre.
1962–2026Ce que dit l'argent
La Baie-James est nationalisée en 1971 et la piastre flotte la même année. À Saint-Louis, en ce mois de janvier, la chambre se dispute sur l'indexation des péages de la voie maritime et du fleuve, soit la querelle de 1819 avec un tableur, mêlée cette fois au veto de la Chambre des Nations sur les redevances hydrauliques du haut Saskatchewan. Les nations qui n'avaient rien promis à personne en octobre 1759 ont gardé le siège acheté par ce silence, et elles s'en servent.

Quatre-vingt-dix millions de personnes vivent du Saguenay au Golfe et jusqu'aux Rocheuses, dont une soixantaine de millions en français. À l'est de la crête, cent trente millions relèvent de la couronne de Philadelphie, de la Nouvelle-Écosse à la Floride et à la Californie. On débarque à la Nouvelle-Orléans et les panneaux de la douane annoncent français, espagnol, anglais, dans cet ordre. Dans les annuaires téléphoniques du Missouri et du Kentucky, les noms alignent Beaubien, Chouteau, Charpentier au-dessus de foyers qui ne parlent qu'anglais depuis quatre générations : la loi scolaire de 1901 lue à l'envers. La piastre est monnaie de réserve, et le billet de cinquante porte au revers la Convention de Halifax, texte que deux siècles d'écoliers ont appris à lire comme une indépendance ou comme un protectorat, selon la province qui les examinait.
Montcalm avait raison sur l'arithmétique. Une colonie sauvée par le calendrier fut sauvée pour un hiver, et cela coûta trois mille morts de faim avant le mois de mai suivant. Vaudreuil avait raison sur la méthode : les surveiller, les harceler, les affamer, et laisser faire les pilotes et les glaces. Tout ce qui suit n'est que le développement de ces deux raisons ensemble.
Dans la chapelle des Ursulines de Québec, le guide s'arrête devant un rectangle de planches plus claires enchâssé dans le plancher et soulève la grille de cuivre. Dessous, le cratère ouvert par l'obus en juillet 1759, nettoyé, sec, garni de pierre, vide. Le vieux général est passé devant en boitant pour aller à la messe pendant onze années encore, et il a fini par être enterré sous le chœur, avec une plaque à un mètre de là. Les visiteurs photographient le trou. C'est la seule tombe d'Amérique du Nord célèbre pour n'avoir personne dedans.
Chacun de ces mondes a été pesé contre celui que vous venez de lire. Voici où chacun se rompt.
Charles III d'Espagne signe le Pacte de Famille à l'automne de 1760, un an plus tôt, parce que Québec a tenu, et la menace espagnole tire l'armée d'Amherst hors du Saint-Laurent avant qu'elle ne se referme sur Montréal.
Nous avons pesé cette route comme le moyen le plus net de sauver Montréal, et elle fonctionne à l'envers. Madrid bouge en août 1761 justement parce que la victoire anglaise paraît totale et l'Amérique espagnole le prochain article de la liste ; une Grande-Bretagne visiblement arrêtée sur le Saint-Laurent donne à Charles III moins de raisons de se hâter, non davantage. Elle manque aussi le terrain qu'elle prétend couvrir : la convergence de 1760 sur Montréal ne demandait ni flotte ni train de siège, seulement trois colonnes arrivant ensemble, et une diversion aux Antilles ne l'arrête pas. Nous avons pris la route militaire — il n'existe pas de Québec britannique, donc une colonne n'existe jamais, et la descente d'Amherst depuis Oswego se brise sur les atermoiements iroquois et sur le manque de pain. L'Espagne entre à sa date propre, le 15 août 1761, et absorbe les réguliers et le train de siège dans la Martinique, La Havane et Manille.
La flotte britannique revient dans le bassin en mai 1760, Québec puis Montréal tombent avec un an de retard, et le traité de Paris se signe à l'heure, la Nouvelle-France perdue tout de même.
C'est le cours ordinaire, et nous l'avons écrit en clair : après un siège manqué, le plus probable est un second siège qui réussit. Deux changements de 1759 et de 1760 le retiennent, et l'un et l'autre sont datés. La capitale debout, les nations de l'Ouest et les Six-Nations n'achèvent jamais la défection commencée après Niagara, si bien que la marche d'Amherst sur le haut fleuve devient une campagne au lieu d'un cortège et qu'il se replie sur Oswego faute de pain en septembre 1760. Lévis, à Sainte-Foy, avait montré qu'une armée française de campagne pouvait battre une armée britannique hors des murs. Nous avons gardé la pression et non l'issue : la flotte remonte en juin 1761, rebrûle la Basse-Ville, débarque 5 000 hommes à Beauport, et Lévis tient les Buttes-à-Neveu jusqu'à ce que la dysenterie et le gel en finissent.
Choiseul, mis en demeure de choisir à la table de paix, livre le Canada aux Britanniques contre les îles à sucre, quelques arpents de neige bien vendus.
Nous l'avons pesée parce que bien des gens, à Paris, voulaient exactement cela en 1762 ; elle casse sur la possession. Faute d'avoir pris Québec, Londres ne peut réclamer le Canada en cession : il lui faudrait racheter la colonie avec la Guadeloupe, la Martinique, La Havane, Minorque et le Bengale en une seule opération, et aucun ministère portant une dette voisine de 122 millions ne présente ce marché aux Communes. La doctrine affichée de Choiseul était de tenir les sujets américains de la Grande-Bretagne dans l'inquiétude, et la possession en fait l'option bon marché plutôt que l'option coûteuse. Le prix, nous l'avons inscrit : l'Île Royale part avec Louisbourg démantelée, la pêche est ramenée à Saint-Pierre-et-Miquelon, le Bengale est concédé.
Versailles tient l'Ohio et les lacs après 1763 comme une puissance européenne tient une frontière : garnisons royales dans des forts de pierre, laboureurs français établis derrière elles.
Nous l'avons pesée, et le trésor la refuse dans les années 1760, avant que le premier fort soit achevé. Les garnisons se paient en métal, et la colonie n'a plus vu un paiement métallique depuis 1757, avec une émission de papier au-delà de quatre-vingts millions de livres liquidée à cinq sous pour la livre en 1764. Le peuplement n'est pas mieux placé : la France a envoyé environ dix mille personnes en Amérique du Nord en cent cinquante ans, et une capitale sauvée ne change aucune des raisons de ce chiffre. L'intérieur est donc tenu par les confédérations en leur nom propre, la France courtière et fournisseur d'armes, arrangement qui a réellement fonctionné sur le terrain. De la route d'origine subsiste la barrière elle-même, garantie par les deux couronnes, sans fort royal à l'ouest de Fort Pitt et le portage de Niagara gardé par des Tsonnontouans à la solde française.
La Nouvelle-France ne survit que comme vallée du Saint-Laurent, et les lacs, l'Ohio, les Illinois et le Mississippi se remplissent de fermiers anglophones par le seul poids du nombre.
Nous l'avons pesée longuement, puis écartée parce qu'elle faisait un monde trop petit, et le choix est le nôtre. Elle se défendait par sa texture et se trompait par sa mécanique : l'arithmétique qui a perdu l'Ouest dans notre histoire découlait de la cession de 1763, que ce monde n'écrit jamais, et en 1759 l'intérieur n'abritait presque aucun colon d'une nation ni de l'autre pour faire le compte. Un reste francophone de douze millions sur l'Outaouais, à côté d'une union anglophone de quatre cents millions, se tient plus près du monde par la fenêtre que celui que nous devions à notre lecteur. Nous avons gardé l'arithmétique là où elle mord vraiment : le Kentucky et le Holston, squattés avant 1763, laissent la rive sud aux fermiers anglais, et les hauteurs du Missouri restent anglophones et protestantes deux siècles durant.
Les treize colonies se soulèvent à l'heure dite, la France signe l'alliance de 1778, et les États-Unis naissent à la paix de 1783 à peu près tels qu'ils furent.
Nous l'avons pesée et elle casse deux fois, sur l'intérêt français d'abord, sur la distance parcourue ensuite. On demande à Vergennes, en 1777, d'accoucher la seule puissance qui serait l'ennemie mortelle des Illinois et de La Nouvelle-Orléans en une génération, et il le dit dans ce monde. Elle refait par surcroît notre carte de 1783 avec une note en bas de page, résultat plus mince que ce que cette chaîne peut porter. L'inversion se défend au moins autant, et elle paie : par la Convention de Versailles, la France vend à Londres une neutralité formelle contre la garantie écrite de la ligne de barrière. La Nouvelle-Angleterre se soulève seule, Saratoga s'absorbe comme un malheur local, et le dernier congrès se dissout à Lancaster en 1781.
La querelle entre Londres et ses colonies n'en vient jamais aux coups, désarmée par un compromis de réquisitions négocié en 1778 qui remplace la taxation parlementaire par des subsides coloniaux volontaires.
Nous l'avons pesée, et la barrière la détruit d'elle-même dans les années 1760. Un Ohio français oblige la Grande-Bretagne à entretenir une armée permanente en Amérique, cette armée oblige aux lois de revenu, et la même barrière rend du jour au lendemain sans valeur les concessions occidentales de la Virginie et de l'Ohio Company. La conciliation à ces conditions livre par surcroît un seul État continental anglophone indivis, soit notre carte rentrant à pas de loup. Le soulèvement a donc lieu, régional, et se perd en six ans. Le compromis survit de l'autre côté de la défaite : l'Acte d'Union de l'Amérique britannique, en 1785, érige un Parlement fédéral couronné à Philadelphie, abandonne la taxation intérieure pour les réquisitions et ferme l'ouest à la crête des Appalaches par traité.
La Régence de Québec accepte à Halifax, en 1794, un protectorat britannique sans détour, désarme ses forces et traverse le siècle en dépendance abritée.
Nous l'avons pesée : elle rend tranquillement le continent au bloc anglophone avant 1800, ce qui laisse les trente-cinq années précédentes à l'état d'ornement. Un État de trois cent mille âmes, avec un arsenal à Québec, une légion permanente, le débouché du Mississippi et un système d'alliances qui fonctionne, ne cherche pas un abri ; il cherche un acheteur pour son blé et ses pelleteries. Le calcul de Pitt va dans le même sens, un tampon catholique coûtant moins cher que la garde de trois cent mille catholiques auprès d'une Nouvelle-Angleterre fraîchement pacifiée. Nous avons gardé d'Halifax la reconnaissance, la protection navale du Golfe et du Saint-Laurent, l'accès commercial, la souveraineté restant délibérément trouble et disputée depuis. Le prix est écrit : cinquante ans de dépendance, un front de levées à La Nouvelle-Orléans bâti avec l'argent de Liverpool, la grande pêche perdue pour une génération.
Le monde francophone d'Amérique demeure un seul État bien ordonné, du golfe Saint-Laurent au golfe du Mexique, gouverné d'une capitale unique et jamais divisé contre lui-même.
Nous l'avons pesée : c'est la route la moins divergente, non la plus. Étienne de Boré grène le sucre à La Nouvelle-Orléans en 1795, la scie à égrener est brevetée en 1793, et le bas fleuve devient dès cette décennie une économie de Code Noir qui achète des hommes au rythme de son crédit, tandis que le décret d'émancipation de 1794 dort dans les recueils sans s'appliquer nulle part. Trois mille milles de fleuve et deux régimes de travail coupent le continent francophone exactement comme ils coupent l'anglophone, et le soulèvement de la Côte des Allemands, en 1811, est l'endroit où l'autorité de la couronne cesse d'être une seule chose. La cassure est donc inscrite, et la guerre des Deux Rives, de 1857 à 1864, la règle : émancipation proclamée en français en 1862, achevée en 1864, sans indemnité aux maîtres et sans terre aux affranchis ; le prix de la réunion, c'est la capitale, le gouvernement passant à Saint-Louis-des-Illinois en 1867.
La France gagne franchement la guerre d'Amérique, reprend Louisbourg et rejette les colonies britanniques derrière la crête des Appalaches.
Nous l'avons pesée et il y faudrait un second miracle par-dessus le premier. Montcalm refusant la bataille le 13 septembre ne défait pas les 320 voiles et 49 vaisseaux de guerre qui ont porté Wolfe dans le fleuve en juin, et ne touche ni à Lagos ni à la baie de Quiberon, livrées toutes deux en 1759 et perdues toutes deux. C'est la puissance navale qui revient en 1761 brûler la Basse-Ville, et c'est elle que la France ne sait contrer ni dans cette décennie ni dans la suivante. La prémisse achète la survie, jamais l'initiative, et toutes les routes d'ici se bâtissent sur une France qui tient et non sur une France qui avance. Le refoulement vient plus tard et par d'autres moyens, une barrière de traité et un moteur démographique, ce qui prend quatre-vingts ans au lieu de quatre.
Versailles règle enfin la question du nombre en expédiant des colons en masse après 1763, comblant l'écart avec les colonies britanniques par l'émigration métropolitaine.
Nous l'avons pesée : c'est la commodité habillée en cause. Que Québec tienne ne change rien aux raisons pour lesquelles les Français ne quittaient pas la France, nul exode catholique organisé après 1685, des salaires métropolitains qui soutenaient la comparaison avec le risque de la traversée, une tenure paysanne qui retenait les familles sur la terre. La route se brise dans les années 1760, à la première année où les bureaux de recrutement devaient se remplir et ne se remplissent pas. Nous avons pris l'autre route, l'accroissement naturel sur une terre qui s'ouvre à chaque génération, un doublement tous les vingt-six ans environ, de soixante-dix mille âmes en 1754 à cent cinquante mille en 1785, avec dix mille Acadiens revenus entre 1764 et 1775. Le reste vient d'un canal que les Test Acts britanniques offrent gratuitement à la France : la seule juridiction d'Amérique du Nord où un catholique possède librement la terre, ce qui attire quarante-cinq mille Irlandais et Highlanders catholiques avant 1800, et quelque trois cent cinquante mille pendant les années de famine.
Tout ce qui précède la bascule s'appuie sur ces lectures. Sous chaque titre, le passage retenu.
- Battle of the Plains of Abraham | The Canadian Encyclopedia
A British invasion force led by General James Wolfe defeated French troops under the Marquis de Montcalm
- The Battles - 1759-1760 – Plains of Abraham
After a long siege lasting over two months, the battle proved decisive
- Siege of Quebec: 26 June-13 Sept 1759 | Imperial Rivalry, 1731-1763
landed 9,000 troops on the island of Orléans, just below the fortress of Quebec
- The Royal Navy — Opposing forces, Siege of Québec | National Battlefields Commission
These men commanded a fleet of 320 ships, including 49 warships.
- Bombardments — The British Army, Siege of Québec | National Battlefields Commission
During the night of July 12 through 13, British gunners began bombarding Québec.
- Principles and actions — The French Army, Siege of Québec | National Battlefields Commission
Montcalm therefore left Montreal for Québec, where he arrived on the evening of May 22.
- BOUGAINVILLE, LOUIS-ANTOINE DE — Dictionary of Canadian Biography
reduced to a quarter-pound of bread and a half-pound of horse meat
- 1759 - British expedition against Québec – Preparations and Arrival | Project Seven Years War
In February, it became clear that the aid required by Canada could not be sent.
- 'The Most Hazardous & Difficult Task' | Naval History Magazine
Montcalm has been criticized severely for attacking Wolfe around 1000, before Bougainville had arrived.
- The Capture of Quebec in 1759 | U.S. Naval Institute Proceedings, February 1938
had his force raised to 1,000 and later to 3,000 men
- Battle of the Plains of Abraham — Academic Kids
Both sides suffered almost the same number of casualties: 658 British and 644 French.
- Hallowed Ground: The Plains of Abraham | HistoryNet
The British muskets were loaded with double-shot for that first round.
- Battle of the Plains of Abraham, 13 September 1759 | historyofwar.org
Wolfe ordered a bayonet charge, which he led himself
- The 18th of September 1759 AD, French Surrender Quebec to the British
giving up the city in return for the troops inside being allowed to leave for France
- The British Fire Bombing of Quebec, 1759
one carcass bomb fire spread to eighteen houses and burned Father Recher's church
- Siege of Quebec (1760) — Reference.org
the Canadians had to be paid half a dollar a day to work there
- Treaty of Paris 1763 — The Avalon Project, Yale Law School
agrees to grant the liberty of the Catholick religion to the inhabitants of Canada
- Treaty of Paris 1763 | American Battlefield Trust
the Most Christian King cedes and makes over the whole to the said King, and to the Crown of Great Britain
- A History of the Canadian Dollar — New France (ca. 1600-1770), Bank of Canada
the value of the louis d'or ranged from 10 livres in 1640 to 54 livres in 1720
- Canada — New France Playing/Card Money, 1685-1757
by 1757, the government had discontinued payments in specie; all payments were made in paper
- New France facts for kids
By 1754, there were about 69,000 people.
- 55 000 people — Societies and Territories (LEARN Quebec)
Three out four live in the countryside.
- Battle of the Plains of Abraham | Military Wiki
the British suffered 658 killed or wounded, of these, 61 were killed and 597 were wounded
- Articles of Capitulation of Quebec | Military Wiki
agreed upon between Jean-Baptiste Nicolas Roch de Ramezay, King's Lieutenant, Admiral Sir Charles Saunders, and General George Townshend
- Siege of Quebec (1760) — Wikipedia
a 1760 French attempt to retake Quebec City
- Monnaie de carte — Wikipédia
à la fin du régime français, il avait dépassé 80 millions de livres
- 1757 in Canada — Wikipedia
Of the 5,000 French soldiers expected, only 1,500 reach Canada.
- 1756 in Canada — Wikipedia
France sends two battalions to Canada, with provisions, and 1,300,000 livres, in specie
Une vie dans ce monde — fiction d’archive
Le livre de comptes Bédard (Archives du Séminaire de Québec, Fonds Bédard, cote 4-B) est un registre de chantier du Cul-de-Sac, in-quarto, relié en veau, les plats déboîtés. Il avait été réglé pour les espars : sept colonnes intitulées mâts, vergues, espars, pieds, pouces, livrés, dû, de la main d'Étienne Bédard, charpentier de navire, qui en employa quarante et un folios entre 1749 et sa mort, l'hiver de 1756. À partir du printemps de 1757, c'est un livre de sage-femme. Sa veuve, Marie-Josephte Bédard née Chalifour, sage-femme de la paroisse Saint-Charles-Borromée de Charlesbourg, dans la seigneurie de Notre-Dame-des-Anges, régla de nouveau les feuillets restants, d'une encre d'un autre noir, et y consigna les naissances qu'elle assista : quelque six cents en vingt-deux ans.
On cite ce livre surtout pour l'automne de 1759, dont il est le seul document domestique suivi qui nous vienne des paroisses d'en haut. On le cite moins souvent, et plus utilement, pour ce qui n'y figure pas. Dans les soixante et un premiers folios de la partie tenue par la sage-femme, aucune somme d'argent, d'aucune espèce[1].
L'ordre coutumier. Les manuels du temps donnent la pratique à la deuxième personne ; on garde ici la forme, comme la paroisse l'a gardée.
Vous faites six choses et vous les faites dans un seul ordre, afin que vos mains connaissent la maison avant vous. Le sac va sur le banc près de la porte, pas sur la table, pas sur le lit. Vous montez le feu, quoi que la maisonnée pense de son bois, et vous ne dites rien du bois. Vous mettez l'eau à chauffer. Vous tirez le sel de la papillote que le curé a bénite à la Saint-Michel et vous le posez sur l'appui, là où la mère peut le voir. Vous faites entrer la chaise, si la chaise est dans la paroisse cette semaine-là et non pas à trois maisons de là ; et si elle est à trois maisons, vous envoyez le fils aîné la chercher, jamais le mari, qui s'arrêterait pour causer. En dernier vous sortez l'eau-de-vie, vous la rebouchez, et vous la mettez derrière vous sur la tablette, où le mari ne peut l'atteindre sans passer par vous.
Puis vous vous lavez les mains et vous demandez depuis quand.
Vous ne dites pas ce que cela coûtera. Vous ne l'avez jamais dit. Votre mère ne le disait pas, la veuve Marcotte avant elle ne le disait pas, et la raison qu'on donne, quand on la demande, c'est l'enfant et le sacrement : un enfant qu'il faudra peut-être ondoyer dans l'heure n'est pas chose qu'on marchande sur le seuil comme une charretée de foin. La raison qu'on ne donne pas, c'est qu'une femme qui nomme un prix peut se voir refuser, et qu'en onze ans on ne vous a jamais rien refusé, et que c'est là tout votre bien.
20 octobre 1759 : la maison Turcotte. Vous entrez de côté avec le sac, à cause du coffre qu'on a poussé derrière la porte. Une pièce, un grenier, et trois familles à la craie sur la poutre du foyer : Turcotte 5. Marcotte 4. Roy, de Ste-Foy, 6. Les Roy sont montés en août avec une charrette, un coffre et la dernière enveloppée dans un rideau, ce qu'on emporte quand on a où aller et rien à y mettre. Les familles de la ville sont parties dans l'autre sens, en remontant le fleuve, et ont emmené leurs meubles ; une maison de la rue Saint-Pierre a fait porter son clavecin jusqu'à Trois-Rivières, à ce qu'on dit. Sainte-Foy a brûlé en septembre. Les Roy sont sur la poutre et le clavecin est à Trois-Rivières.
Une porte est clouée en travers de la fenêtre du nord-est ; à quatre heures de l'après-midi il faut donc une chandelle pour voir vos propres mains.
Vous faites les six choses. Le feu demande à être monté ; le bois est en bouts courts, mal fendus, et les coups de hache ne sont d'aucune hache de cette paroisse, et de cela non plus vous ne dites rien. Marie-Anne Turcotte a vingt-six ans et c'est son quatrième. Elle est au quart de livre comme tout le monde et cela se voit à ses bras. Les femmes Roy emmènent les enfants dans l'appentis, ce qui est une charité et se trouve être aussi le seul endroit où elles puissent aller. Vous envoyez le garçon chercher la chaise.
Cela va bien. Cela va si vite que vous vous trouvez contrariée d'avoir marché une heure. Vous ne le diriez à personne.
La petite vient à la brune, menue, bruyante là-dessus, et vivante, et vous l'avez au sein avant que la chandelle soit finie, et la grand-mère dit ce que disent les grand-mères, qu'elle a le front des Turcotte, Dieu la garde.
Basile Turcotte rentre de l'appentis, se plante là, tourne son chapeau, et puis il vous paie. Il vous met dans la main une carte de six livres, blanche, signée et contresignée, molle comme un chiffon à force de saison dans les poches, tiède de l'endroit où il la gardait. Il dit qu'il y aura deux minots de pois pour vous quand le battage sera fait. Il le dit deux fois.
Vous la glissez au début du livre sans la regarder. Vous écrivez : Turcotte, Basile, sa femme M.-Anne Bergevin, fille, 20 octobre, entre chien et loup, vivante. En dessous, vous n'écrivez rien.
En rentrant dans le noir, le gel montant des ornières, vous faites le calcul que vous n'avez pas voulu faire dans la chambre. Six livres en papier, c'est trois livres. Trois livres, c'était le prix d'un accouchement du temps qu'il y avait un prix, et c'était en espèces, et c'était il y a six ans, et il y avait de la farine. Deux minots de pois quand le battage sera fait. Le battage de quoi.
La maison de la côte Saint-Michel. Il y a du bouillon sur le feu et la paroisse s'est entendue, sans que personne ait convoqué d'assemblée, pour que personne ne dise ce qu'il y a dedans. Les enfants en mangent. Félicité, qui a trois ans, en mange le mieux, parce qu'elle a trois ans. Augustin demande ce que c'est et Marie-Louise lui répond que c'est du bouillon, de la voix d'une fille de dix ans à qui on a dit de répondre cela, et il s'en contente, parce qu'il a six ans et qu'il a faim.
Le moulin à bras est aux Bergeron, prêté pour quatre jours, et vous l'avez depuis huit. Le moulin banal de la rivière Saint-Charles a de l'eau, des meules et un meunier, et pas de grain, et le meunier s'y tient comme un homme dans une église vide.
Sous la paillasse du coin, cousu dans la toile du côté du mur, il y a un écu. Il est là depuis l'été de 1757. Ce n'est pas de l'argent. C'est une chose qui est là, comme le crucifix, comme le contrat de mariage dans la boîte avec les reçus de réquisition. Deux fois l'an vous le tâtez à travers la toile pour vous en assurer. Vous n'avez jamais songé à le dépenser et vous prendriez mal qu'on vous dise que vous l'économisez.
Vous pliez des chemises près du feu parce que vos mains ne tiennent pas en place. Dans la manche de celle de Jean-Baptiste, pliée petit et repliée, il y a un papier du notaire de Charlesbourg : un engagement, une saison, Michillimakinac, les gages, une avance en marchandises, le sieur à nommer, le tout dressé et laissé en blanc au bas, à l'endroit de la marque ou de la signature.
Il a treize ans. Il a treize ans en juin, donc il a douze ans et onze mois, et il porte ce papier pour un des garçons Bergeron, qui en a seize, qui n'a pas de tête et ne sait pas lire, et qui le lui confierait parce que son propre père le mettrait au feu.
Vous le repliez comme il était plié. Vous le remettez dans la manche, le pli dans le même sens, et vous rabattez la chemise dessus.
Puis vous sortez à l'appentis avec le fanal et vous comptez ce qu'il y a, ce qui ne prend pas de temps. Un rouleau de toile. Une hache. La pièce de fer qu'Étienne a rapportée du chantier l'année d'avant sa mort, toujours dans le coin, dont personne n'a jamais rien demandé. Du bois, jusqu'à hauteur de poitrine, tiré au traîneau depuis les retranchements des hauteurs quand les habits rouges ont redescendu le fleuve, coupé il y a un mois par des hommes qui coupent à contre-fil et laissent les marques. Il ne tiendra pas jusqu'à Noël. Derrière l'appentis la clôture est à bas en un endroit et il y a là d'autre bois, cordé, que vous ne comptez pas, parce que vous savez ce qu'il y a dans l'appentis et que le tas de la clôture n'est pas la même chose.
21 octobre : le chemin de la Petite-Auvergne. Le gel est dans la terre le matin et en est sorti à midi, ce qui est le pire état où un chemin puisse être ; après quoi c'est une longue allée blanche et pas une charrette dessus de cinq mois. C'est aujourd'hui.
Vous prenez le traîneau, parce que vous comptez revenir avec quelque chose dessus.
En août, quand les batteries de la Pointe-Lévy en étaient à leur second mois et qu'on disait que tout ce qu'il y avait sur les côtes serait réquisitionné, votre beau-frère Renaud est monté avec une charrette et deux hommes, et il a emporté douze minots de blé de votre grenier et la vache à lait au bout de sa longe, pour les mettre en sûreté à la Petite-Auvergne, où il a une cave de pierre, une grange et, étant ce qu'il est, des arrangements. Il a dit : comme cela, on ne le prendra pas. Il a dit : la propre sœur d'Angélique, pour qui me prenez-vous. Votre blé et votre vache.
Renaud est marchand-équipeur. Il a un plancher de madriers dans les deux pièces et du verre à trois fenêtres, et quand Angélique l'a épousé la paroisse a dit ce que dit la paroisse, et vous l'avez dit plus fort que les autres, parce que c'était vrai : elle a fait un beau mariage. Elle avait fait son profit des Bédard aussi, notez bien, puisque c'est Étienne qui avait la connaissance au chantier et Étienne qui a mis Renaud sur le marché des espars, et voilà une chose que vous n'avez jamais dite à âme qui vive et que vous vous dites deux fois la semaine.
En tirant le traîneau sur les ornières vous répétez. Non pas ce que vous demanderez : vous ne demandez pas. Vous répétez la forme de la chose : comment vous vous assoirez, comment vous le laisserez venir de lui-même, comment vous direz qu'il n'y a certes rien qui presse, seulement le chemin, Jean-Baptiste, le chemin, et comment il fera atteler et charger par le garçon, et comment vous refuserez la seconde tasse puis la prendrez. Vous répétez la façon de lui donner sa chance d'être, devant sa femme, l'homme qu'il dit être.
Au calendrier, c'est aussi la semaine où l'agent des Jésuites a passé le Trait-Carré pour les cens et rentes, ce qu'il fit, comme à tous les autres automnes de la colonie, guerre ou non, et fut payé, pour la plus grande part, en papier. (Voir RENTE, PERCEPTION DE LA, 1759 ; et NOTRE-DAME-DES-ANGES, SEIGNEURIE DE.)
Le certificat. Renaud est chez lui et content de vous voir. Il est content de vous voir. Il vous installe près du feu et sort la bonne chaise. (C'est une chaise de Beauport. Vous connaissez l'homme qui les fait.) Il s'informe de la poitrine de Félicité. Il dit que la paroisse a de la chance de vous avoir, et que le Berthelot de Beauport est un boucher, et que tout le monde le sait.
Puis, quand vous en êtes arrivée au chemin et aux glaces, il dit : ah, mais tout cela est réglé — et se lève pour aller chercher la boîte.
Il sort des papiers comme un autre sortirait une bouteille. La boîte contient le contrat de mariage, deux ordonnances, et un certificat de l'officier de l'intendant, daté du 14 août, pour une vache à lait et douze minots de blé, pris pour les magasins du Roi, payables en ordonnances à l'estimation ci-dessous, la somme portée d'une main de commis dans la colonne des sommes.
Le nom inscrit est Angélique Renaud.
Il parle encore. Il explique que les officiers sont passés à la Petite-Auvergne le quinze et ont vidé la grange et qu'il n'y avait rien à faire ; que les certificats s'escomptent à Montréal plus durement de semaine en semaine, qu'il y a six semaines on en tirait les deux tiers et qu'aujourd'hui on n'en tire pas la moitié ; qu'il vous a rendu service en plaçant le vôtre de bonne heure, avant que les nouvelles n'empirent ; que lorsque les lettres de change seront honorées à Paris vous verrez qu'il avait raison ; et qu'en tout cas les Anglais sont partis, les vaisseaux ont passé l'île, et ils reviendront quand les glaces s'en iront en mai, et d'ici là, et d'ici là.
Vous tenez le papier par les bords, comme on tient un papier qui n'est pas à soi.
C'est un commis qui l'a écrit. Les commis écrivent ce qu'on leur met devant, et l'officier avait deux cents bêtes à voir entre Beauport et ici, et un nom est un nom pour un homme dont le cheval attend.
Il n'a rien volé. Les biens étaient dans sa grange de votre propre accord, conclu dans sa charrette, en août, devant deux hommes. Le certificat est un papier de ménage comme un autre et se garde où se gardent ces papiers-là, dans la boîte, avec le contrat de mariage. Il n'y a rien dans ce papier contre quoi se fâcher. Le papier dit une vache.
Il verse la seconde tasse.
[Sur la valeur de tels certificats : les réquisitions de 1758-1760 furent payées en ordonnances de l'intendant, dont l'émission dépassa quatre-vingts millions de livres avant la fin de la guerre ; l'ordonnance contre les faux-monnayeurs de monnaie de carte fut publiée de nouveau aux portes des églises du district les 9 septembre et 7 octobre 1759, et fut entendue, de l'avis général, avec l'attention qu'on donne au temps qu'il fait. Un commerce secondaire des papiers de réquisition était général dans les gouvernements de Québec et de Montréal dès l'automne de 1758, à des escomptes allant du tiers à plus de la moitié. La pratique de Renaud, qui consistait à prendre des biens en garde et à recevoir les certificats au nom de sa propre maison, est attestée dans quatre autres cas aux minutes de la Petite-Auvergne et n'était alors illégale d'aucune manière qu'on pût utilement établir. Voir ORDONNANCES ; MUNITIONNAIRE ; et RENAUD, JEAN-BAPTISTE, dont l'établissement de la rue Saint-Pierre figure au rôle d'estimation de 1771.]
Ce que vous dites, à la fin, c'est que vous voulez la vache.
Il dit que la vache a été prise. Il le dit avec douceur. Il dit : Josette, ils ont pris les deux de Delisle, et Delisle est capitaine de milice.
La porte. Angélique paraît sur le seuil, les mains mouillées, et n'en sort pas. Elle a engraissé.
Vous dites quelque chose au sujet du blé. Vous n'avez pas encore fait une phrase qui contienne une demande ; vous en êtes toujours à celles auxquelles il pourrait, s'il le voulait, bien répondre.
Elle dit : Tu n'as jamais nommé un prix à personne de ta vie, Josette. Il faut bien que quelqu'un le fasse.
Vous pourriez lui parler des espars. Vous pourriez lui dire ce qu'Étienne.
Elle demeure là un moment encore. Derrière elle un enfant tape quelque chose sur le plancher de madriers. Puis elle ferme la porte, sans la claquer. Elle la ferme comme on ferme une porte en octobre, de l'épaule, contre le froid, le feu derrière elle et vous dehors.
Les trois maisons de la côte. Le jour tombe vers quatre heures et demie à présent. Vous ramenez le traîneau vide le long de la crête, les patins criant sur le gravier là où le gel est sorti, et passé la clôture des Bergevin vous entrez chez Vézina, et vous ne vous souvenez pas de l'avoir décidé.
Vous voyez le petit. Il va bien. Il a un feu au cou à cause de la laine et vous dites à la mère d'y mettre de l'huile. Puis vous vous levez et vous dites : Monsieur Vézina, c'est six livres.
C'est la première fois de votre vie que vous prononcez un chiffre à voix haute dans une maison, et cela sort de travers et trop vite, et cela sort trop petit. Vous savez que c'est trop petit avant d'avoir fini. Six livres en papier. Vézina va à la tablette, descend une carte de six, vous la met dans la main, dit merci madame, et vous remercie encore à la porte, et vous sortez dans la cour avec trois livres de l'argent qu'il y avait autrefois, les oreilles brûlantes comme si vous aviez demandé le toit.
Chez les Marcotte la femme est seule avec les petits et le moulin n'a rien moulu ce mois-ci non plus. Vous dites les mêmes six mots et ils viennent plus aisément, et il se trouve qu'elle les attendait depuis juillet. Elle vous paie moitié en farine, d'un sac qu'elle ne devrait pas avoir, et elle en tient le col ouvert et sourit dedans pendant qu'elle verse. C'est plus lourd que vous n'aviez compté. Vous changez de bras avant d'être sortie de la cour et vous ne vous asseyez pas dans cette cuisine.
À la troisième maison, qui est celle du vieil Ignace Bergeron, on ne vous laisse pas partir sans vous asseoir, et Bergeron parle des retranchements des hauteurs, qu'il est monté voir, et des arbres des Buttes coupés à hauteur d'homme, et du général, qui à l'en croire est de mauvaise humeur, et du général de Montréal, qui à l'en croire l'est autrement. Il dit qu'en bas personne n'a pu tirer un mot des habits rouges et que personne n'en avait besoin ; ils ont passé l'île. Il dit que les vaisseaux reviennent en mai et que les pilotes disent que c'est le fleuve qui décide. Il dit tout cela comme un homme dit le prix des clous.
Puis il dit, à propos de rien, que les garçons Roy se font lents avec votre bois et qu'il leur en parlera.
Vous dites : mon bois.
Il dit : depuis Étienne. Deux charrois à l'automne et un au dégel. Le curé l'a fait entendre, et c'étaient les garçons de Delisle la première année et les Roy depuis qu'ils sont montés de Sainte-Foy, et il ne devait jamais en être question devant vous, et il n'en parle aujourd'hui que parce que les Roy ont leurs propres malheurs et se font lents, et qu'il ne veut pas que vous croyiez à une intention.
Vous dites merci. Vous le dites mal, deux fois, une fois trop fort et une fois si bas qu'il fait : hein ? et qu'il vous faut le dire une troisième.
Puis vous prenez votre traîneau, votre farine et vos deux cartes, et vous rentrez par la crête, et le tas derrière l'appentis fait tout le chemin avec vous. Rien de la paroisse n'est différent de ce matin. La paroisse vous doit. Elle vous doit depuis Pâques, quatre naissances au seul Trait-Carré sans un sol en regard. Vous aviez cru que le bois était du bois.
Le réglage de la page. La maison dort. Le pot est ôté du feu. Le livre est ouvert au folio 62, qui est réglé pour les espars : mâts, vergues, espars, pieds, pouces, livrés, dû.
Vous ne commencez pas un livre neuf, parce qu'il n'y a pas de livre neuf, et que le papier à Québec ce mois-ci est ce qu'il est.
Vous tirez un trait dans la colonne des pieds avec le dos du couteau et le bord de la boîte à sel, et vous en faites une colonne à vous, et en tête vous n'écrivez rien, parce que vous ne trouvez pas comment l'appeler et que vous n'allez pas l'appeler de l'argent.
Dedans, de votre main, qui est la même main que toujours et plus lente ce soir :
Bois : 2 charrois l'automne, 1 au dégel, depuis 1756. Les Delisle, puis les Roy. Par M. le curé.
M. le curé.
1 écu, dans la paillasse, depuis 1757. Non dépensé.
Trois lignes plus bas vous écrivez Lachance, Marie-Louise, avant dimanche, parce que cet enfant-là vient avant dimanche et que tout le monde le sait, et après le nom vous écrivez un chiffre. D'avance. Douze livres. Vous le regardez un moment et vous ne le raturez pas.
Puis vous vous levez, vous prenez la chemise de votre fils sur la pile, vous tirez le papier de la manche et vous le dépliez, tout entier, à plat, et vous le posez sur la table sous la chandelle, le blanc du bas tourné vers la porte, par où il entre le matin pour le feu, afin qu'avant toute autre chose dans la pièce il voie que vous l'avez vu. Il voudra savoir comment vous saviez. Vous ne le lui direz pas.
Vous mettez la carte de Vézina au début du livre avec les autres, et le certificat au mauvais nom, que Renaud vous a laissé garder parce qu'il ne lui vaut rien, plié à la fin.
Quand vous allez à la porte pour rentrer une brassée du bois aux marques de hache étrangères, il neige, de cette neige sèche qui veut dire que cela va durer.
État postérieur du livre. À partir du folio 63, un chiffre accompagne presque chaque nom. Le mot promis revient onze fois dans les dix-neuf années qui restent, et toujours avec une date à côté. Un feuillet rapporté, monté sur onglet, énumère huit maisons sous le titre reçu, non demandé, dont le bois est le premier article.
Un Bédard, Jean-Baptiste, de Charlesbourg, âgé de quatorze ans, figure comme canotier dans un engagement passé devant le notaire Panet à Montréal le 3 mai 1760, pour Michillimakinac, à 150 livres et l'équipement d'usage. Que la marque portée en regard de son nom soit de lui, on en discute.
Les douze minots et la vache ne furent jamais recouvrés. Une demande contre la succession Renaud fut formée par la paroisse au nom de la veuve en 1774, puis abandonnée en 1776, faute d'une pièce à son nom.
Les historiens ne s'accordent pas sur la date à donner au changement de réglure — octobre 1759 ou l'hiver suivant —, la main et l'encre étant les mêmes d'un bout à l'autre, et la veuve n'ayant rien noté du tout sur la journée elle-même.
Voir aussi : SAGES-FEMMES, HONORAIRES DES ; QUÉBEC, PREMIER SIÈGE DE (1759) ; FAMILLES RÉFUGIÉES, LOGEMENT DES ; PAIN, RATION DE, 1759-1760.
[1] Soixante et un folios, cent quatre naissances, aucune somme. Le mot promis y paraît trente-huit fois, dont vingt-deux suivies d'une denrée et d'aucune quantité.