La Fédération française d'Amérique

Chaleur mouillée d'août 1802, à Saint-Cloud. Le Premier Consul relit deux fois les dépêches de Leclerc sur la mortalité par la fièvre, puis fait un geste minuscule : il ne signe pas. Le décret que Richepanse a appliqué à la Guadeloupe en mai ne franchira pas le canal du Vent. À la place, un arrêté confirme l'abolition de 1794 à Saint-Domingue et fait entrer la constitution de Louverture de 1801 dans la loi impériale ; Christophe et Dessalines, déjà soumis, sont confirmés dans leur grade et dotés de terres. Louverture, lui, n'est pas rendu. Il meurt de froid au fort de Joux au printemps suivant, et la colonie qu'il a faite garde sa liberté sans lui. Personne, au Cap-Français, n'appelle cela un marché juste.
Bonaparte sait ce que sa signature coûte. Les armateurs de Nantes et de Bordeaux, qui avaient armé pour une colonie à esclaves restaurée, ne pardonneront pas ; les planteurs créoles de l'entourage de Joséphine cessent de venir à Malmaison ; le sucre se fixe autour du tiers de la récolte de 1789, parce que des cultivateurs libres ne retournent pas aux ateliers. Il a échangé la colonie la plus riche du monde contre une colonie pauvre qui porte encore son drapeau. La clef de voûte tient. Tout le reste en découle.
1803–1815Onze ans sans courrier
Pluie sur le Cabildo, le 30 novembre 1803 : le gouverneur Salcedo remet les clefs de la Nouvelle-Orléans à un préfet sans soldats. Pierre Clément de Laussat attend le général Victor et trois mille hommes dans la saison. Vingt jours plus tard, ce sont les Américains qui frappent à sa porte, Claiborne et Wilkinson, et ils ne viennent pas pour la ville : ils viennent pour une banque. Le traité de Paris signé au printemps donne aux États-Unis la rive est du Mississippi, la libre navigation à perpétuité et un droit d'entrepôt inscrit dans le texte, pour deux millions de dollars. Exactement ce que Jefferson avait autorisé, pas davantage. Le Sénat ratifie en novembre à trois voix ; les élus du Kentucky et du Tennessee votent contre, eux qui voulaient le port.
Le refus qui fonde ce traité s'est débattu à Paris en avril. Barbé-Marbois, registres ouverts, plaidait la liquidation : la colonie entière, quatre-vingts millions, comptant, avant la guerre anglaise. Bonaparte, qui garde Saint-Domingue, ne vend pas le grenier de l'île qu'il vient de décider de conserver. L'argent se trouve donc par l'autre chemin. Baring de Londres et Hope d'Amsterdam avancent quelque quarante millions de francs, non sur le sol mais sur les douanes de la Nouvelle-Orléans et du Cap, à une décote qui fera la célébrité de l'emprunt. L'Angleterre déclare la guerre le 18 mai ; les hommes de Victor pourrissent à Flessingue et l'expédition est dissoute à l'automne. Un an plus tard, le cabildo d'une ville française compte quatre négociants dont le papier est détenu à Londres, et ils votent comme leurs créanciers lisent.
Laussat gouverne par décret parce que le courrier met onze semaines, quand il arrive. Les compagnies espagnoles vivent sur l'argent mexicain jusqu'à l'arrêt du situado en 1808 ; après quoi la colonie vit d'un droit de transit de deux et demi pour cent levé à la Balize sur les produits américains descendus du fleuve, perçu dans une baraque de planches sur pilotis à l'embouchure, où les pilotes tiennent le registre et où les moustiques tiennent tout le monde à distance. La garnison arrive de Saint-Domingue en 1804 et 1805 : deux régiments noirs encadrés par les officiers de Christophe, les seules troupes acclimatées à la fièvre dans l'hémisphère, les seules qui tiennent un été aux passes.
Les Anglais viennent aux passes en 1806. Les fusiliers marins brûlent le bureau de péage et le relèvent en corps de garde ; Ovide, pilote de barre de trente ans qui percevait le droit, passe six années à piloter pour un pavillon qu'il n'a pas choisi, pendant que son frère convoie la poudre par terre depuis La Havane vers les irréguliers créoles et de couleur libres tapis dans les cyprières. L'escadre tient l'embouchure et ne tient pas le pays. À la paix générale, les passes reviennent, échangées contre Malte et les îles à sucre, et payées d'un article de navigation à la nation la plus favorisée pour les navires britanniques que l'on citera encore en justice en 1922. Restent une chapelle protestante, les maisons écossaises de Tchoupitoulas, et onze années pendant lesquelles des hommes ont appris à se gouverner sans demander la permission.
Cependant que la Nouvelle-Orléans relit tout haut l'ultimatum de Berthier de 1800 et prend ce que l'Espagne ne peut plus tenir : Mobile en 1810, Pensacola en 1812, contre les flibustiers de Baton Rouge. Quand les Américains se battent contre l'Angleterre à partir de 1812, c'est une guerre des Lacs et de la Chesapeake. Pas de Chalmette. Le général Jackson, à qui l'on refuse le passage de la Perdido, écrit à Washington que le Golfe a été volé. Personne ne lui répond. Tout le monde est occupé.
1816–1845Ce que la France ne pouvait garder chez elle
Aux Attakapas, au printemps de 1821, un capitaine en demi-solde du 14e de ligne signe pour quatre-vingts arpents de prairie à un prix qu'un caporal peut payer, et découvre des voisins alsaciens de Wissembourg dont il ne reconnaît pas le français. La Restauration se vide dans le delta : officiers à demi-solde, bonapartistes sans patrie, congrégations réfractaires, paysans rhénans embarqués au Havre aux frais de l'État pour qu'on n'en parle plus. S'y ajoutent les neuf mille de Saint-Domingue que Cuba expulse en 1809, les Irlandais catholiques d'une décennie plus tard et, surtout, les Canadiens. Prêtres et agents de terres démarchent les paroisses du Bas-Canada avec une circulaire imprimée qui promet la pleine propriété sur la rivière Rouge, et l'émigration qui, ailleurs, serait allée aux filatures de Nouvelle-Angleterre descend le Mississippi. Vers 1850, on compte peut-être un million de francophones entre la Balize et l'Arkansas.

Le capital qui aurait pu acheter tout cela part ailleurs. Baring et Hope, qui ont prêté sur des douanes et non sur des terres, cherchent un emploi aux ambitions de New York : dès 1817 ils prennent les actions de l'Érié. Le canal ouvre en 1825 ; en 1840, New York manie plus de tonnage que tous les ports du Golfe réunis, et le coton américain, qui devrait acquitter le droit français à Mobile, prend la route de l'est. Le message Monroe de 1823 nomme la Russie et l'Espagne et ne dit rien de l'embouchure du Mississippi ; le Moniteur de la Louisiane, quatre pages en français sorties de l'ancien atelier de Duclot, le reproduit avec une satisfaction qu'il ne cache pas.
Au-dessus de l'Arkansas, la France gouverne par charte faute de gouverner par garnison. Personne, à la Marine, n'a jamais cru qu'on murerait les Appalaches : trois mille hommes, c'était tout le plan. Une Compagnie du Missouri, calquée sur la baie d'Hudson, afferme la fourrure, le plomb et le sel de Sainte-Geneviève aux maisons Chouteau de Saint-Louis contre une redevance et le prix des présents aux Indiens ; un traité d'alliance fait des Osages une barrière cliente sur l'Arkansas, payée en poudre, en fusils, en missions et en brevets d'officiers métis. Les Osages vendent cher cette alliance et savent ce qu'ils vendent : ils prennent les armes, ils prennent la variole, et leur territoire de chasse recule tout de même à mesure que les trappeurs licenciés de la Compagnie poussent vers l'ouest.
Puis Washington vote le Removal Act de 1830 et découvre un trou dans la carte. Il n'existe aucun Territoire indien où déporter qui que ce soit : au-delà du fleuve, tout est français, osage, ou revendiqué par les deux. Les Choctaws et les Creeks sont chassés de leurs terres quand même, vers les landes de pins et les marais à l'est du Mississippi, dans des réserves que les États dissolvent aussi vite qu'on les trace ; ceux qui passent le fleuve le passent en réfugiés, et les agents de la Compagnie, au poste d'Arkansas, leur vendent un permis de séjour à quatre dollars par tête. Des milliers meurent aux traversées et aux hivers qui suivent. La divergence n'aura changé qu'une écriture comptable : la dépossession sans destination, plus lente et pire. Les Cherokees, plus difficiles à déplacer faute d'un lieu où les mettre, plaident encore en 1845.
Dans les paroisses basses, l'esclavage dure. L'arrêté de 1802 a sauvé la liberté de Saint-Domingue et n'a rien touché sur le Mississippi ; les sucreries achètent par Mobile et La Havane, et prospèrent. Fortuné, forgeron affranchi par coartación en 1796, meurt en 1834 après avoir racheté deux cousins et posé les rampes de balcon de quatre maisons de la rue Royale, dans une ville où des hommes de couleur libres tiennent boutique et ne votent pas. À l'hiver de 1845, le Moniteur reproduit sans commentaire la phrase d'un journal de Nashville : le fleuve de la république américaine s'arrête à la table d'un commis, dans la boue.
1846–1852Le bureau de péage, le décret et le serment
Théodule, pilote de barre à la Balize et fils d'Ovide, passe l'été de 1847 à regarder les vapeurs américains croiser devant les passes et compter les batteries. La guerre de Polk, ouverte l'année précédente pour le droit de transit et le corridor du Missouri fermé, réussit au nord et n'aboutit à rien ici. Les armes américaines prennent Saint-Louis et le pays du plomb, tiennent la haute vallée ; la tentative amphibie de juin 1847 perd onze cents hommes en trois jours devant des régiments antillais retranchés et une barre qui n'admet pas les forts tirants d'eau. Le Mexique, laissé seul, garde la Haute-Californie, et quand on trouve l'or au moulin de Sutter en 1848, les navires qui doublent le Horn sont affrétés à la Nouvelle-Orléans et San Francisco se remplit de gens qui parlent espagnol. Le traité de Natchez, en 1849, donne aux États-Unis tout ce qui est au-dessus du Missouri et de la Platte, plafonne par traité le droit de la Balize à deux pour cent, et laisse à la France l'embouchure du fleuve du continent.

Entre la guerre et le traité, Paris fait une révolution et le décret Schoelcher libère quelque deux cent mille personnes en Basse-Louisiane. La proclamation arrive à la Balize par le paquebot-poste et se cloue à la porte du bureau de péage, où Théodule la lit trois fois à des hommes qui ne savent pas lire, pendant qu'en amont des géreurs poussent déjà des convois vers la Sabine et vers le sol américain pour vendre avant que le papier n'arrive. À l'hiver de 1848, les paroisses à sucre tentent la sécession. Onze semaines suffisent à la réduire : la milice de couleur libre de la Nouvelle-Orléans et deux bataillons noirs de la Martinique. Numa, petit-fils de Fortuné, forgeron, trente et un ans, commande une compagnie à Donaldsonville, et après cela on ne peut plus l'exclure de rien. L'indemnité, au tarif antillais, monterait à quatre-vingt-quatorze millions de francs. Elle ne sera jamais payée en entier, ce qui ruine les planteurs et fait la fortune des courtiers qui rachètent leur papier à dix-neuf sous.
La nouvelle du coup d'État de Louis-Napoléon touche la levée en janvier 1852. L'assemblée coloniale, qui applique depuis trois ans une émancipation garantie par ses propres fusils, refuse le serment, se déclare république légitime en Amérique et offre la fédération aux îles. Saint-Domingue et la Guadeloupe acceptent dans l'année ; la Martinique se querelle pendant douze mois et entre en 1853. Paris ne peut traverser un Atlantique qu'il ne contrôle pas et se contente, en 1855, d'un traité de commerce. Le Moniteur compose la déclaration dans le plus gros corps qu'il possède et écrit « fédération » de travers dans la deuxième colonne.
La république fait siéger des hommes de couleur quinze ans avant le quatorzième amendement, et en 1853 son ministère de la marine autorise la première cargaison d'engagés à temps venue de la côte de Loango.
1853–1900Terre libre et contrat de cinq ans
À la pointe d'Alger, un matin de mars 1856, cent quatre-vingt-dix hommes et femmes descendent d'une barque sous une fiction : chacun a été racheté à un maître africain et s'est librement engagé pour cinq ans dans la canne, à huit piastres par mois, passage déduit. Dix-neuf sont morts en mer. La Fédération, qui dénonce à chaque session les estrades de vente de Natchez, importe quelque quarante mille engagés entre 1853 et 1868, de Loango, de Zanzibar, des Antilles, et fait proroger leurs contrats par ordonnance de magistrat à l'échéance. Le système s'arrête sous la pression navale britannique et la révolte des députés dominguois, qui voient très bien ce qu'ils regardent, et les hommes qui l'ont conduit meurent respectés dans leurs maisons de l'Esplanade.
La classe qui a fait la république en tire une hiérarchie. Les vieilles familles d'artisans, affranchies par coartación avant 1803, tiennent les pensions de milice, les charges notariales et le cens, et elles s'en servent : aux Haïtiens venus chercher du travail on répond que les paquebots sont pleins, les Siciliens du marché sont encadrés par un régime de patentes, et les Noirs américains qui passent le fleuve chaque semaine après 1858 sont logés à l'arrière de la ville et inscrits sur des registres séparés pendant trente ans. L'argument de l'assemblée n'est jamais la couleur ; c'est toujours la propriété, les papiers, les rôles de milice de 1849. Voilà ce qui le rend durable.
La rupture américaine vient tôt et brutalement. Sol libre à quelques centaines de mètres à l'ouest, actes de rachat de soi enregistrés devant les tribunaux fédéraux, et pas de paire de sénateurs louisianais pour tenir la balance : les États du coton font sécession en 1858 sur une demande d'extradition que la Fédération refuse. La guerre est plus courte que la nôtre et plus acharnée ; elle s'achève en 1866. La Fédération bloque aux côtés de l'Union et se fait payer à la paix par un règlement de frontière sur la Sabine, une station charbonnière et une union tarifaire, ayant demandé le Texas et appris poliment ce que les grandes puissances donnent réellement.
La Prusse bat la France en 1871, ce qui ne change rien sur le fleuve et tout dans les salons, où le parti francophile découvre qu'il est un parti de sentiment. La loi scolaire de 1874 fait du français la langue d'enseignement et tolère le kouri-vini dans la cour ; Rosalie, fille de Numa, instruit quarante enfants à Sainte-Croix et leur frappe les doigts quand ils le parlent, puis achète les romans de 1884 qui le mettent en librairie. Sans charbon dans le delta, le pays vit de transporter, d'assurer et de raffiner la marchandise des autres, et fait venir le charbon gallois à quai. La fièvre jaune emporte quatre mille personnes en 1878. En 1898, la Fédération tire de l'effondrement espagnol la garantie de sécurité sur Cuba et Porto Rico, et renfloue dans la même décennie la concession de Panama depuis un bureau de Carondelet, ce qui fournira quatre-vingts ans de scandale à l'assemblée.
En 1901, un foreur près de Jennings, engagé pour trouver de l'eau destinée aux rizières, reçoit l'ordre de s'arrêter à mille pieds.
1901–1928Le pétrole, la neutralité et le fleuve
Il ne s'arrête pas. Le puits de Jennings donne en septembre, Caddo suit en 1905, et le soutage sur les quais de la Nouvelle-Orléans sent le pétrole au lieu de Cardiff. Les mêmes années apportent la campagne contre le moustique qui met fin aux épidémies : tous ceux qui ont plus de cinquante ans ont eu la fièvre, aucun de ceux qui en ont moins de trente ne l'aura.

La grande crue de 1912 emporte le bureau de péage de la Balize pour la troisième fois, et on le rebâtit une troisième fois sur des pilotis plus hauts, avec une échelle de crue que Placide, petit-fils de Théodule, relève à sept heures et à quatre heures pour la télégraphier au bureau des levées. Quand l'Europe entre en guerre en 1914, la Fédération reste formellement neutre et transporte tout : quatre cent onze navires perdus sous les torpilles, quarante mille volontaires partis pour la France, et dans les paroisses à sucre pas une famille sans un homme enterré en Champagne, parti parce qu'il l'a voulu. Aucune armée américaine ne débarque en France : des États-Unis tournés vers l'Atlantique et rivaux commerciaux d'une flotte de transport créole n'y trouvent aucune clientèle électorale. La guerre finit donc en 1919 par épuisement. Brest-Litovsk tient, l'Alsace-Lorraine est partagée, il n'y a ni clause de culpabilité ni réparations, et la Nouvelle-Orléans sort créancière de Paris et de Londres à la fois. À partir de 1920, elle est aussi le port mouillé à deux jours de descente d'une république sèche, ce qui paie beaucoup de retraites de police.
Puis, en avril 1927, le fleuve. Mêmes pluies, même doctrine des levées seules, mêmes crevasses. Ce qui diffère, c'est la signature : la charge tirée en aval de Poydras pour sauver la ville noie Saint-Bernard et Plaquemines sur l'ordre d'un ministère souverain, comptable devant les noyés, et l'assemblée le renverse en septembre. La Commission fédérale du Fleuve est instituée en 1928, avec un fonds d'indemnisation inscrit dans la loi et une obligation qu'aucune colonie n'aurait pu porter : tout ce qui est au-dessus du Missouri et de la Platte étant américain depuis Natchez, elle doit négocier d'égale à égale, avec Washington, l'ouverture des déversoirs et la lecture des échelles.
Sur Tchoupitoulas, les commis d'escompte portent toujours les emprunts de guerre français et britanniques à peu près au pair.
1929–1961La métropole dans l'antichambre
Ils cessent en 1932. Le cycle new-yorkais casse à l'heure dite, puisque rien dans cette histoire n'a touché au crédit américain ; l'effondrement de l'Europe centrale, en 1931, reste plus doux, faute de spirale des réparations et faute d'une inflation de 1923 pour avoir détruit la classe des rentiers. Le coup vient de l'autre bord. Paris et Londres suspendent le service de la dette de guerre, le papier escompté par les maisons de Tchoupitoulas devient tapisserie, et le tonnage dort à Mobile quatre années durant. La piastre louisianaise, adossée à l'argent depuis plus d'un siècle, passe à la parité dollar en 1933 ; le parti francophile appelle cela une capitulation, les maisons de commerce une arithmétique, et les uns comme les autres sont réélus.
Le régime autoritaire allemand, n'ayant pas de guerre perdue à venger à l'ouest, va vers l'est : à partir de 1938 il se bat contre l'Union soviétique pour l'Ukraine et la Baltique, la Pologne pour cliente. Le siècle n'en est pas plus doux. La guerre de l'est tue par la famine, la déportation et les représailles à une échelle que les consuls de la Fédération décrivent en détail depuis Riga et Lemberg, et les communautés juives de l'Europe cliente de l'Allemagne vivent sous des ordres d'expulsion, des décrets de ghetto et des pogroms dont l'assemblée débat deux fois avant de répondre par un quota de six cents visas par an. Il n'y a pas d'extermination industrielle dans cette suite d'événements. Il y a une longue conquête qui affame et fusille, et une république du Golfe qui avait des navires et ne les a pas envoyés, et les deux faits reposent dans les mêmes archives.
En 1938, la Fédération s'attribue d'office le tiers des concessions pétrolières par la Régie fédérale des pétroles et vend du brut à tous les belligérants. L'Allemagne se retourne vers l'ouest en 1941 pour fermer l'Atlantique ; Paris tombe en juin, et le gouvernement français en exil, son or, la trésorerie de De Gaulle s'installent dans des bureaux de la rue Royale : la métropole passe quatre ans en hôte de la république qui lui a refusé le serment en 1852, dans des antichambres où les commis parlent kouri-vini. La neutralité prend fin en 1942, quand le Japon frappe le Pacifique. La Fédération conscrit pour la première fois depuis la sécession des planteurs, escorte les convois et perd une génération de pilotes. Aucune bombe n'arrive à temps : la guerre du Pacifique s'achève en 1946 après le blocus, le minage et les tempêtes de feu sur les villes japonaises, que les équipages de convoi regardent depuis la mer. Le premier engin est essayé en 1948 dans un monde déjà triangulaire, l'Allemagne, les Soviétiques et un Occident franco-britannique, Washington se satisfaisant de son hémisphère.
La décolonisation, ensuite, se retourne vers l'intérieur. La France perd l'Indochine en 1954 et l'Algérie en 1962, et les Vietnamiens catholiques comme les pieds-noirs francophones arrivent au delta par cargaisons entières. Mais les députés antillais et dominguois répètent depuis 1900 que le quota sucrier s'écrit à la Nouvelle-Orléans pour la Nouvelle-Orléans, et après la crise constitutionnelle de 1959, sur ce quota et sur la langue d'enseignement des écoles des îles, Saint-Domingue s'en va par référendum en 1961, emportant le tiers de la population de la Fédération.
Les bancs se vident. Les concessions du large, attribuées depuis 1948, deviennent d'un coup le seul sujet dont on veuille parler.
1962–2026Le fonds, le repli et le mot sur le billet
Dans une salle de classe de Golden Meadow, en octobre 1965, une vieille femme vote au seul référendum de ce genre au monde : quatre pour cent des revenus pétroliers, chaque année, aux levées et au pompage, aussi longtemps que durera le pétrole. Le texte passe à soixante et un pour cent, et c'est pourquoi, à la fin du siècle, la défense contre les crues du delta a une génération d'avance sur celle de ses voisins, comme son service de la dette en a une aussi. Les redevances vont au Fonds du Domaine, institué en 1962, la Régie ayant pris la moitié des concessions en 1956. Quand le dollar rompt en 1971, la piastre flotte au lieu de suivre, et chaque dévaluation américaine devient un enjeu d'élection à la Nouvelle-Orléans.

Sans charbon et presque sans industrie, le pays vend ce qu'il a toujours vendu : la neutralité, l'écriture et la mer. Le registre maritime devient le deuxième du monde, porté par des coques qui ne viennent jamais ici ; les banques du large gèrent l'argent américain, mexicain et brésilien jusqu'aux pressions du Trésor de 1989, de 2001 et de 2009, qui imposent des traités d'échange d'informations ratifiés chaque fois à quatre ou cinq voix. L'âge numérique arrive de côté : des États-Unis qui n'ont soudé leur côte pacifique qu'à la fin du siècle précédent concentrent leur technique dans le corridor du Nord-Est, et la Fédération récupère les atterrages de câbles, les cours d'arbitrage et l'électricité bon marché du Golfe qui refroidit les serveurs des autres.
L'ouragan Angélique touche terre en septembre 2018. Les levées tiennent, pour l'essentiel. La côte, non : elle s'affaisse et se sale depuis cent ans, tranchée par les canaux de la Régie elle-même, et aucune puissance étrangère n'est à blâmer pour l'un ni pour l'autre. Le Plan de retrait ordonné, voté en 2021 et courant jusqu'en 2040, rachète et relocalise soixante et onze communautés de bayous, dont plusieurs portent des noms écrits dans des actes de concession du premier XVIIIe siècle. La petite-fille de Placide a pris le chèque pour la maison de Leeville et s'est installée à Thibodaux ; elle le dit sans amertume deux fois l'an, à la Toussaint et au Carnaval.
À l'assemblée, ce printemps, le calendrier du repli dispute le temps de séance à la loi qui ferait du kouri-vini une langue pleinement co-officielle, combattue par le parti des vieilles familles d'artisans, dont la députée du Sixième descend en droite ligne de Fortuné et à qui l'on pose la question dans chaque entretien. Le billet de cinq piastres porte l'assemblée de 1852 au recto depuis 1957 et, depuis 2003, sa valeur en kouri-vini au verso : la concession qui rendait la loi inévitable.
À la station de pilotage, ce matin, dans la pièce où l'on tient le journal de bord, la carte du service hydrographique est punaisée au-dessus de la machine à café. Les passes y sont portées, les postes méthaniers y sont portés, le mouillage y est porté. À l'emplacement du bureau de péage, dont les deux et demi pour cent sur les chalands américains ont payé onze années d'autonomie accidentelle et tout ce qui en est sorti, il y a de l'eau et un mot en italique : submergée, position approximative.
Chacun de ces mondes a été pesé contre celui que vous venez de lire. Voici où chacun se rompt.
La France refuse la vente en 1803, perd tout de même Saint-Domingue à la révolution haïtienne, cède aux États-Unis le pays au-dessus de l'Arkansas en 1836, fait du delta un département français en 1946 et adopte l'euro en 2002.
Nous l'avons pesée la première : c'est la manière la plus propre de garder la Louisiane française et d'arriver quand même à une carte que nous reconnaissons. Elle casse dans les années 1830, et elle casse sur l'argent. Si la Louisiane était vendable en 1803, c'est qu'une guerre commençait et que le Trésor n'avait pas un écu ; la France de Louis-Philippe est solvable, elle finance la conquête de l'Algérie plus loin et plus cher, et règle dans ces mêmes années la querelle des spoliations américaines en payant vingt-cinq millions de francs plutôt qu'en cédant un arpent. Une cession de 1836 rétablit donc notre frontière réelle sans qu'aucune force l'explique, et tout ce qui suit reprend notre propre calendrier : guerre de Sécession à l'heure, deux guerres européennes à l'heure, la crue de 2005 et ses neuf cents morts. L'histoire se défendait et nous aurions pu l'écrire sans mentir. Nous avons pris l'autre route parce qu'elle fait un monde plus grand, et que celui-ci était dû.
L'armée de Leclerc brise les généraux de Louverture, l'esclavage est rétabli à Saint-Domingue, et Bonaparte garde à la fois la plus riche colonie sucrière du monde et une Louisiane pour la nourrir.
C'est la version que Bonaparte voulait, et l'arrêté de rétablissement était rédigé : il n'attendait qu'une signature. Elle échoue en 1802 et 1803, et elle échoue devant la fièvre jaune plutôt que devant un général. Des bataillons débarqués au complet en février n'alignent qu'un tiers de leur effectif en juillet, Leclerc est mort en novembre, et après la déclaration de guerre britannique du 18 mai 1803 aucun renfort de quelque taille ne traverse l'Atlantique. Nous avons gardé la moitié politique de la route : l'abolition confirmée au lieu d'être révoquée, Christophe et Dessalines confirmés dans leur grade et leurs terres, la colonie tenue par accord. La facture se paie la même année, quand les armateurs de Nantes et de Bordeaux constatent qu'ils ont armé pour une traite qui ne reviendra pas et que la récolte se fixe autour du tiers de 1789.
La Grande-Bretagne, maîtresse des passes du Mississippi depuis 1806, ne les rend jamais : la Nouvelle-Orléans devient colonie de la Couronne, anglophone, puis cité-État du Commonwealth sur le Golfe.
Sur les causes seules, la route tient, et nous l'avons dit en l'écartant : l'embouchure du fleuve du continent est exactement le genre de verrou que Londres garde quand elle le prend, dans la classe de Malte, et une colonie française incapable de défendre sa propre barre n'a rien à opposer à une escadre de la Jamaïque. Nous avons refusé pour une question d'usage. Une Nouvelle-Orléans anglophone dans un monde anglo-américain s'écarte du nôtre moins qu'une fédération francophone sur le Golfe, et le petit écart ne valait pas onze tranches de conséquences. Ce qui a survécu, c'est l'occupation elle-même, six ans, et son prix de sortie : les passes ne reviennent à la paix générale qu'en échange de Malte et des îles à sucre, et qu'avec une clause de navigation de la nation la plus favorisée pour le pavillon britannique, qui survit au siècle. Les maisons écossaises et liverpooliennes de la rue Tchoupitoulas et la chapelle protestante sont ce que la route a laissé en se refermant.
La France se sert de la Louisiane pour enfermer définitivement les États-Unis à l'est des Appalaches, tenant la ligne des montagnes comme frontière dure.
Nous avons pesé le continent scellé parce que c'est l'usage le plus spectaculaire qu'on puisse faire d'un Mississippi français. La branche casse entre les années 1810 et les années 1830, et ce qui la casse est une arithmétique d'hommes. La vallée de l'Ohio se remplit à un rythme qu'aucune colonie française ne peut suivre depuis une métropole qui n'a jamais envoyé de colons en nombre, et toute la force jamais réunie pour la prise de possession se réduit aux trois mille hommes du général Victor à Flessingue, qui dans ce récit n'embarquent même pas. Un mur suppose des garnisons que la France ne peut ni lever, ni payer, ni acclimater. Nous avons bâti la version que le terrain autorise : un trans-Mississippi disputé, tenu par compagnie à charte, alliances clientes et droit de transit, et une guerre des années 1840 que la France perd au-dessus du Missouri et survit en dessous.
La Louisiane se déclare indépendante dans les années 1810 ou 1820, avec les républiques hispano-américaines, et prend sa place tôt comme État créole du Golfe.
La date séduit : l'hémisphère entier se descelle en ces années, et la colonie est déjà gouvernée par décret depuis une imprimerie. L'affaire échoue dans les années 1820 sur deux points qu'aucune volonté ne corrige : la population manque, et la flotte n'existe pas. Une république proclamée alors n'a ni armée propre ni marine pour tenir les passes ; elle est achetée ou occupée en dix ans par les États-Unis ou par la Grande-Bretagne, au plus prompt. Nous avons différé le même geste jusqu'en 1852, quand les hommes sont là, quand un coup d'État à Paris a dépouillé la métropole de toute légitimité, et quand l'émancipation a déjà produit une classe politique pourvue de biens, de grades et de quelque chose à perdre. Une indépendance qui dure demande un corps électoral ; dans les années 1820, il n'y en a pas.
La Fédération obtient d'États-Unis reconnaissants le Texas jusqu'à la Nueces, en paiement de la fermeture du Golfe et du blocus mené aux côtés de l'Union.
Le service rendu est réel et le prix demandé à la paix est une question légitime : nous l'avons pesée. Elle casse dans les années 1860 sur ce que font les grandes puissances victorieuses. Des États-Unis qui viennent de passer quatre ans à détruire une sécession ne règlent pas une dette de reconnaissance en territoire continental, et moins encore en territoire contigu à une république étrangère qui vide leur main-d'œuvre par-dessus le fleuve. Nous avons ramené la créance à ce que Washington pouvait concéder sans débat chez lui : un règlement de frontière sur la Sabine, un dépôt de charbon sur le détroit de Floride, une union tarifaire. Voilà toute la récompense, et l'émigration noire vers l'ouest qui commence dans la même décennie vaut plus à la Fédération que la Nueces.
Les guerres de 1914 et de 1939 arrivent à notre calendrier avec nos coalitions, une armée américaine en France en 1917, et Versailles avec son article de culpabilité et ses réparations.
Garder les guerres familières est la tentation la plus forte dans une histoire qui court jusqu'en 2026, et nous l'avons examinée sérieusement avant de refuser. La branche casse à la charnière de 1917, faute de cause. Des États-Unis qui n'ont jamais pris le Golfe, jamais acquis d'hégémonie caraïbe, et qui passent le XIXe siècle en rivalité commerciale avec une flotte de fret créole, ne trouvent chez eux personne pour porter deux millions d'hommes en France ; sans eux, le front occidental s'achève en 1919 sur un épuisement négocié. Sans Versailles, ni spirale des réparations, ni inflation de 1923, et un effondrement centre-européen plus doux en 1931. La seconde guerre qui suit n'est pas la nôtre : elle regarde vers l'est, et la catastrophe qu'elle produit est faite de famines, de déportations et de massacres sur les terres où vit la plus grande part des Juifs d'Europe, comptés en millions tout de même.
Napoléon, ou à son défaut Joseph, achève sa vie non pas à Sainte-Hélène mais à la Nouvelle-Orléans, empereur exilé à l'embouchure d'un fleuve français.
Nous l'avons pesée, et elle meurt en 1815, dans la semaine qui suit Waterloo, sur une question de garde. La Grande-Bretagne dispose de sa personne et choisit Sainte-Hélène précisément pour sa distance d'avec tout ce qui est français ; une colonie du Golfe pourvue d'une garnison amicale et d'une presse est la dernière adresse que l'Amirauté aurait accordée. Rien de cette route ne subsiste comme bifurcation. Elle subsiste comme peuplement : les officiers à demi-solde et les proscrits bonapartistes descendent le Mississippi par dizaines de milliers, et les hommes du Champ d'Asile, qui chez nous mouraient de faim sur la Trinité, ont ici un pavillon vers lequel faire voile et une loi foncière qu'ils savent lire.
Bonaparte vend en 1803 la Louisiane entière à la Grande-Bretagne plutôt qu'aux États-Unis, et l'Union ne franchit jamais le Mississippi.
Nous l'avons pesée parce que l'acheteur qui avait de l'argent en 1803 était Londres, non Washington. Elle casse dans la saison même où elle s'ouvre. La Grande-Bretagne ne paie pas soixante millions de francs une côte que sa marine compte fermer par blocus dans l'année, et Bonaparte, à quatre jours d'une guerre qu'il voit venir, ne livre pas un grenier à son ennemi contre une monnaie qui financera la flotte chargée de le bloquer. Au-delà de l'arithmétique, la vente supprime le Golfe francophone avant qu'il existe, seule chose que cette histoire soit faite pour suivre. Nous n'en avons gardé que l'ombre : les maisons de Londres et d'Amsterdam qui prêtent sur les douanes de la Nouvelle-Orléans placent tout de même leurs agents au cabildo, sans acheter le pays.
Tout ce qui précède la bascule s'appuie sur ces lectures. Sous chaque titre, le passage retenu.
- Louisiana Purchase Treaty (1803) | National Archives
the United States purchased 828,000 square miles of land west of the Mississippi River for $15 million
- Jefferson Buys Louisiana Territory, and the Nation Moves Westward | National Archives, Prologue (Spring 2003)
For four days at the end of April 1803, the Americans and the French worked out an agreement
- Louisiana Purchase, Summary, Facts, Significance, Treaty, 1803 | American History Central
The treaty was ratified by the United States Senate on October 20, 1803, by a vote of 24-7.
- San Ildefonso, Third Treaty of | Mississippi Encyclopedia
a final agreement of retrocession signed by Carlos IV, king of Spain, on 15 October 1802
- Treaty of San Ildefonso | EBSCO Research Starters
The Treaty of San Ildefonso, signed on October 1, 1800
- The Louisiana Purchase — Museum Gazette, National Park Service
made public the intention of Spain to revoke the right of deposit at New Orleans
- Louisiana: European Explorations and the Louisiana Purchase | Library of Congress
Spanish Intendant Juan Ventura Morales closed the port of New Orleans to American trade
- Louisiana Purchase — Encyclopedia Virginia
the Treaty of San Lorenzo, opening the Mississippi River to American trade and establishing a right of deposit
- The 1802 Expedition to Saint-Domingue (Haiti) and the Louisiana Purchase | BnF, Patrimoines Partagés
involved about 40,000 sailors and soldiers
- Saint-Domingue Revolution — 64 Parishes
eighty-six warships carrying twenty-two thousand troops
- 'The Leclerc Expedition' by Charles Forsdick — A Island Luminous (FIU)
Leclerc died of yellow fever in November 1802
- April 10, 1803 — Discover Lewis & Clark
It is not only New Orleans that I will cede; it is the whole colony
- The Louisiana Purchase | Council on Foreign Relations
British naval forces would likely seize both Saint Domingue and New Orleans
- The Louisiana Purchase — The Baring Archive
persuading the French government to scale down its asking price from FF100 million to FF80 million
- Financing the Sale and Purchase of Louisiana (Springer)
how Hope and Baring developed and executed the financial operation to facilitate the cession of Louisiana
- Baring & Hope Anticipate Financing the Louisiana Purchase (Springer)
the U.S. bonds issued to cover payments to France
- War of the Third Coalition — World History Encyclopedia
Britain declared war on 18 May 1803
- Britain's Continental Connection and the Peace of Amiens: A Reassessment (International History Review)
The declaration of war by Britain on France on 18 May 1803 signalled, of course, the failure of the Peace of Amiens.
- Projet de thèse: La vente de la Louisiane — diplomatie, souveraineté (IHMC, ENS)
Préparatifs de l'expédition de Flessingue menée par Victor
- Where was the Louisiana Purchase signed? | Preservation Resource Center of New Orleans
The transfer took place at the Cabildo on Nov. 30, 1803. For 20 days, Louisiana would be French again.
- Louisiana Purchase transfer happened in stages — State Affairs Pro
Laussat became governor of Louisiana and created a new town council
- Laussat, Pierre-Clément de, 1756-1835 — Social Networks and Archival Context
He left Louisiana on April 21, 1804
- Louisiana Territory reference sheet — Louisiana Dept. of Culture, Recreation & Tourism
the French colonial prefect, Pierre Clément de Laussat, transferred the territory to representatives of the United States
- New Orleans — History | Britannica
New Orleans's population in 1803 was approximately 8,000
- Constructing New Orleans, Constructing Race: A Population History of New Orleans (Journal of American History)
At the time only one-ninth of the city's population was of African origin.
- Free People of Color — 64 Parishes
Between 1771 and 1803, 1,921 men, women, and children gained their freedom
- Moniteur de la Louisiane ([New Orleans, La.]) 1794-1815 | Library of Congress
First newspaper to be published in La.
- First newspapers in Louisiana… | History's Newsstand Blog
Moniteur de la Louisiane which began in New Orleans on March 3, 1794
- The Louisiana Purchase (1803) | BnF, Patrimoines Partagés
petitions from the inhabitants of Louisiana requesting reunion with France
- Third Treaty of San Ildefonso — Wikipedia
Spain agreed in principle to exchange its North American colony of Louisiana for territories in Tuscany
- Treaty of Amiens — Wikipedia
Signed: 25 March 1802 ... Expiration: 18 May 1803
- Le Moniteur de la Louisiane — Wikipedia
Duclot was a refugee from Saint Domingue
- What if the USA had not acquired Louisiana? | alternatehistory.com
Napoleon promotes Nouvelle-France as a land of freedom
- How plausible is it for France … to still hold Louisiana during & after Vienna Congress? | alternatehistory.com
most likely outcome IMO is a delayed sale
- Louisiana Revolution — Alternate History Wiki
seeing the damage done to France by the loss of Louisiana, abolishes colonies
- The Louisiana Independence Timeline — Alternative History Wiki
Louisiana becomes a dominion of France